Portées par les enjeux environnementaux et sociétaux, mises en lumière avec la crise sanitaire, soutenues par France 2030 et le Plan Startups et PME Industrielles opéré par Bpifrance, les startups industrielles ont le vent en poupe. Malgré des freins subsistants, l’écosystème se solidifie et voit ses leviers d’amélioration se multiplier.

1500, c’est le nombre de jeunes pousses industrielles recensées en France, soit 12% des startups bleu-blanc-rouge. Si, portées par La French Tech, les petites entreprises porteuses de solutions software ont assis leur présence sur le territoire, plus long est le chemin pour celles dont les technologies ont vocation à prendre vie matériellement par voie d’industrialisation. A l’heure où la France est à la reconquête de sa souveraineté et positionne l’innovation au cœur du renouveau de son économie, les startups industrielles sont désormais porteuses d’une mission largement mise en lumière par France 2030.

Parce que le terreau n’est pas encore tout à fait fertile pour ces entreprises, un Plan Startups et PME Industrielles doté de 2,3 milliards d’euros porté par Bpifrance appuiera leur déploiement au travers de diverses aides financières et propositions d’accompagnement. Un ensemble de dispositifs (nouveaux ou renforcés) qui arrive à point nommé, ces jeunes sociétés à vocation industrielle étant confrontées à de multiples obstacles, freinant, pour certaines, leur ascension.

Faciliter les processus et soutenir les dirigeants pour éviter la fuite

Elles se nomment Ynsect, Exotec, Ledger, Aledia ou DNA Script et sont de celles qui sont parvenues à se positionner comme exemples de la potentielle vague à venir. Sur le devant de la scène depuis plusieurs mois, ces startups industrielles ont aujourd’hui sous leur joug au moins un site industriel et, plus encore, peuvent se targuer de ne pas voir décliner leur croissance. Toutes membres du French Tech Next40/120, elles font aujourd’hui figures de proue pour celles souhaitant passer de l’étape de la R&D à celle d’industrialisation via un projet de démonstrateur ou d’usine pilote. Néanmoins, aussi citées soient-elles, la famille reste encore restreinte et parmi ses membres, certains n’hésitent pas à pointer les difficultés rencontrées ou à venir. C’est le cas de DNA Script, qui a mis près de 4 ans à transformer sa technologie en produit, et 7 années à se lancer dans sa commercialisation. « Je pense que j’aurais plus de facilités aujourd’hui qu’hier à implanter une usine, mais ça ne veut pas dire que c’est devenu facile », explique Thomas Ybert, directeur général de la startup francilienne. Recherche de partenaires financiers locaux ou nationaux, manque de visibilité… Il évoque notamment le manque de référents sur le sujet et de personnes susceptibles de flécher les différents dispositifs existants.

Des processus longs et lourds, qui pourraient, à terme, dissuader les uns, et amener les autres à s’implanter à l’étranger. A l’heure où la souveraineté française – dont l’indispensabilité s’est renforcée avec la crise sanitaire – est au cœur des discours, la nécessité de garder les jeunes pousses porteuses d’innovations sur le territoire national pèse. Malgré tout, nombreuses sont les startups industrielles désireuses de voir leur site de production côtoyer de près leur site de R&D pour faciliter leur stratégie long-termiste. Après avoir travaillé des années à l’étranger, Giorgio Anania, CEO d’Aledia a été confronté à ce choix dans le cadre de son activité française. « Une fois que le centre de R&D est en France, il est clair qu’il y a un gros avantage à placer l’usine à côté. Nous avons tout de même cherché hors des frontières parce que c’était compliqué, mais l’écosystème de Grenoble (où se situe le site principal de l’entreprise ndlr.) s’est finalement activé, nous a fait une contre-offre tout aussi intéressante que ce qu’on nous proposait à l’étranger. L’avantage : une implantation à 5 minutes en voiture plutôt qu’à 12h d’avion », explique-t-il. Même chose pour DNA Script, qui, si elle a eu des propositions aux couleurs d’autres drapeaux, n’a néanmoins jamais abandonné l’idée de rester sur le sol français. Pour éviter que d’autres ne prennent la décision de déplacer leur production hors des frontières, l’heure est au soutien.

De l’importance de l’accompagnement stratégique

Avant les financements, il convient d’accompagner les dirigeants de startups industrielles dans leur façon de concevoir leur projet. « Beaucoup de jeunes startupers sortis de l’école ont des idées brillantes, savent « bidouiller », mais n’ont jamais géré une usine ou eu à lancer leur production dans une usine existante », explique François-Xavier de Thieulloy, expert Industrie du Futur chez Bpifrance. Et d’ajouter : « Voilà pourquoi il faut mettre en relation les startups et les dirigeants de PME. ». Si l’initiative a été prise de créer une plateforme Tech in Fab pour rapprocher offreurs de solutions et entreprises du Coq Bleu, l’objectif est ailleurs. Favoriser la communication globale des entreprises du secteur et de ces jeunes pousses à vocation industrielle semble être une première base à consolider. Tel est également l’avis de Bruno Bonnell, secrétaire général à l’investissement : « J’ai une conviction : je pense que plus que l’argent, le problème est souvent l’organisation. Il faut que les dirigeants se concentrent davantage sur la construction de la charpente de la croissance, qui est aussi importante que la construction financière. C’est quelque chose qu’on ne dit pas assez aux startupers. » affirme-t-il. Un point pris en compte par le Plan Startups et PME Industrielles opéré par Bpifrance dans le cadre de France 2030, lequel renforce notamment le parcours d’accompagnement dédié aux projets de nouvelle industrialisation.

Pour illustrer la nécessité de prendre le problème en amont, d’un point de vue théorique et stratégique, François-Xavier de Thieulloy cite l’exemple des dirigeants de PME ayant pris le chemin « inverse », en créant leur startup industrielle. Stéphane Fauth, dirigeant de la PME NORCAN, est de ceux-là. En 2020, après plusieurs années de R&D au sein de son entreprise, il décide de créer Sherpa Mobile Robotics, une startup qui produit et commercialise des robots mobiles autonomes et collaboratifs. Dans ce cadre, le dirigeant a expliqué à La French Fab en quoi son statut initial d’industriel l’a aidé à passer la phase d’industrialisation de sa technologie. « Nous avons une conscience et une expérience pratique de ce qu’il se passe dans les usines et dans les entrepôts. Sur le plan de la mécanique, de l’automatisation, de la sécurité ou encore de la mobilité, les gens qui nous ont audités ont compris que nous avions une réelle idée de la réalité de l’environnement industriel. ». Une expertise qui facilite également le contact avec les partenaires et clients, dont il comprend mieux les besoins, et qui, en retour, lui font confiance ». Néanmoins cette fois-ci, c’est la recherche de financements qui a pu faire défaut à Sherpa mobile Robotics. Alors que les startups industrielles ayant voix au chapitre peuvent se targuer de multiplier les levées de fonds, d’autres projets ne suscitent pas autant d’élan de la part des investisseurs, visiblement plus frileux lorsqu’il s’agit de parier sur des technologies de rupture.

La vision long-termiste et les enjeux sociaux et environnementaux comme leviers stratégiques et financiers

Parce qu’elles développent des technologies innovantes, pour la plupart deeptech, impliquant un chemin long sur l’ensemble de la chaine de valeur et des investissements permanents côté production, les startups industrielles peuvent se heurter à l’obstacle de l’investissement privé. « Dans le hardware, il y a toujours un moment où il faut accélérer la production, investir dans de nouveaux équipements, de nouveaux talents. Si en amont il peut être aisé de trouver des business angels séduits par les projets, l’évolution qu’implique la nature de l’activité et l’accompagnement nécessaire des fonds sur le long terme peut faire reculer les investisseurs », explique François-Xavier de Thieulloy. S’il est ainsi question d’appuyer le financement des entreprises via des subventions publiques, il convient également de dérisquer les investissements et de faciliter les promesses en provenance de tiers pour construire un réel « écosystème d’investisseurs ». Pour ce faire, la piste du cercle vertueux est notamment envisagée dans le cadre de France 2030. En donnant la possibilité aux porteurs de projets et industriels d’oser innover grâce aux dispositifs publics qui s’offrent à eux, Bruno Bonnell espère enclencher un « effet de levier » pour les compléments de financement.

Aussi, le contexte mondial actuel, énergisé par la crise de la Covid-19 ou la conscientisation des enjeux sociaux et environnementaux, donne une vision concrète et long-termiste du rôle que les startups à vocation industrielles peuvent jouer dans la recherche de solutions aux grandes problématiques. Une façon empirique d’envisager la construction de l’écosystème, qui n’est pas en reste quant à l’impulsion qu’elle peut donner à l’ensemble de ses acteurs. Certaines startups, à l’instar des biotechs, ont notamment pu bénéficier de la nécessité de posséder les technologies adéquates sur le territoire. En témoigne Thomas Ybert de DNA Script : « Si l’industrie des sciences de la vie a été très forte pendant de nombreuses années en France, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Nous avons notamment pu le constater avec les difficultés liées au vaccin pendant la crise sanitaire. Cependant, cette industrie a la capacité d’inverser la tendance si on lui accorde l’attention qu’elle mérite », espère-t-il. De façon plus générale, les grands défis que sont le climat, la santé, la mobilité verte ou encore l’innovation en général, peuvent faire office de moteurs pour l’émergence des technologies de rupture et la volonté d’investir dans ces dernières. « La société a été cristallisée pendant très longtemps et aujourd’hui, intuitivement, les gens veulent la faire bouger. Mais pour évoluer au mieux, il faut des rêves sur lesquels se baser, on ne transformera pas la société via la contrainte. », explique Bruno Bonnell.

A ces arguments idéologiques il ne faut enfin pas déconnecter le raisonnement pratique lié aux territoires et à ses habitants. Aux côtés des PME-ETI du secteur en pleine transformation, les startups industrielles ont entre leurs mains une partie de la mission de réindustrialisation française. D’après les données de la plateforme Crunchbase, 62% de ces jeunes pousses évoluent hors de la région Île-de-France. De quoi laisser espérer une redynamisation nationale et locale, porteuse d’emplois. Aux enjeux nationaux et planétaires de s’associer aujourd’hui aux appuis financiers et d’accompagnement pour voir les startups industrielles et les sites de production se multiplier.

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