Enjeu environnemental au cœur des différents plans mis en place par le gouvernement ces dernières années, la décarbonation du secteur industriel se trouve aujourd’hui doublée d’un aspect économique induit par la crise énergétique actuelle. Mais des solutions existent pour aider les entreprises à faire face à ce double défi.

La décarbonation de l’industrie fait partie des objectifs clés de France 2030, le plan d’investissement destiné à faire émerger les champions technologiques de demain et accompagner les transitions des secteurs d’excellence du pays. Cinquième plus grande consommatrice d’énergie à l’échelle de l’Hexagone, l’industrie génère également 1/5e des émissions de gaz à effet de serre en France. Celles-ci doivent diminuer de 40 % d’ici 2030 (par rapport à 2015) tandis que la réindustrialisation en cours va inexorablement entraîner une hausse de la consommation d’énergie, principalement électrique.

Motivées par la lutte contre le réchauffement climatique, de nombreuses entreprises du secteur ont déjà amorcé leur transformation pour une activité plus vertueuse. Toutefois, depuis le deuxième semestre 2021, un facteur économique est venu accélérer la nécessité de revoir à la baisse sa consommation : la hausse des prix de l’énergie (gaz et électricité), accentuée par la guerre en Ukraine. « Certains dirigeants ont vu le montant de leurs factures multiplié par six, ce qui peut avoir un impact fatal pour certaines structures », explique Fabrice Kipp, PDG d’Optima Énergie, courtier en énergie. Un coût lourd à porter pour les TPE-PME mais encore plus difficile à encaisser pour certaines industries avec un fort besoin énergétique, telles que le papier ou la construction pour qui la facture se comptait déjà en milliers, voire dizaines de milliers d’euros. 

Viser l’efficacité énergétique pour consommer mieux et moins 

Avant même de parler d’indépendance énergétique, d’augmentation de la production et de favoriser les énergies renouvelables, il est crucial de comprendre ce que l’on consomme, quand, comment, pourquoi, et si les besoins sont couverts de façon pertinente et optimale. Selon le fondateur d’Optima, l’évaluation de l’efficacité énergétique est une étape cruciale pour toutes les entreprises. Pour cela, son cabinet a lancé l’outil OPTIMIZ, un logiciel permettant de suivre en détail sa consommation, de détecter les anomalies et s’assurer que le calibrage est le bon par rapport à la courbe de charge. « Très régulièrement, on s’aperçoit que le TURPE [tarif d’utilisation des réseaux publics d’électricité, ndlr] n’est pas correctement paramétré par rapport à la consommation du client final », explique le dirigeant. 

Inférieure à la puissance réellement consommée, la puissance souscrite peut entraîner des pénalités de dépassement ; supérieure, elle entraîne une sur-dépense non justifiée. Dans les deux cas, cela signifie que le contrat n’est pas adapté et qu’il doit être repensé. C’est là qu’intervient le courtage par appel d’offres auprès des différents fournisseurs d’énergie afin de trouver les meilleurs tarifs mais aussi d’inclure davantage d’énergie issue de sources renouvelables. Pour encore mieux cibler les besoins, l’entreprise peut choisir d’installer des sous-compteurs permettant d’identifier plus précisément les postes les plus énergivores pour agir en conséquence. 

« Cela va donner une vision plus globale sur l’amélioration possible du système dans sa totalité », explique Fabrice Kipp. « On peut voir, par exemple, quelle machine de la chaîne consomme plus que ce qui est nécessaire et à quel moment, mais aussi aller beaucoup plus loin, vers de l’effacement, c’est-à-dire réduire temporairement la consommation d’électricité pour maintenir l’équilibre du réseau. » Cette approche globale du système permettrait de réduire sa facture jusqu’à 25 %. Une autre solution qui pourrait se développer dans les prochaines années : l’autoconsommation, également préconisée par Optima lorsque possible et adaptée. 

« La prise de conscience précède et va au-delà du simple prix de l’énergie » 

 Si le nombre d’entreprises faisant appel aux services du courtier en énergie s’est multiplié depuis la hausse des prix de l’énergie et semble dans une démarche plus économique qu’écologique, une grande partie des industriels ont affiché leur volonté d’accélérer leur transition énergétique. Éric Beyma, expert – référent climat pour Bpifrance Accompagnement  confirme : « La prise de conscience précède et va au-delà du simple prix de l’énergie qui est finalement noyé dans une vague bien plus grande d’actions en faveur de la décarbonation. » 

Preuve en est, le succès des différents outils, créés notamment avec l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME), que l’organisation met à disposition des dirigeants pour les guider vers une croissance verte. 

Tandis que 1 200 chefs d’entreprises de tous secteurs ont bénéficié de ses Accélérateurs (accompagnement personnalisé aux entreprises dans toutes les étapes clés de croissance), Bpifrance s’apprête à constituer la seconde promotion du tout-nouvel Accélérateur Décarbonation. Ce dispositif, sous la forme d’un programme d’accompagnement sur-mesure de 24 mois qui s’appuie sur la méthodologie ACT pas-à-pas de l’ADEME, vise à revoir en profondeur leur modèle d’affaire pour le décarboner. En parallèle, les missions de conseil Diag Eco-Flux, et plus récemment, Diag Décarbon’Action, ont engagé 1 000 et 400 participants respectivement. Ces outils de diagnostics font intervenir un expert afin d’optimiser les coûts énergétiques et de réduire sa consommation en énergie, en eau et en déchets et ainsi, réduire son empreinte carbone.  

L’urgence climatique et la crise énergétique actuelle sont finalement « une opportunité de repenser notre façon de consommer et de l’adapter à la production, pas l’inverse », considère Fabrice Kipp. Plus tôt les entreprises initieront ce virage énergétique, plus vite elles en sortiront gagnantes sur le long terme. Et plus elles seront nombreuses, plus leur démarche rayonnera et en inspirera d’autres. « On voit l’émulation qui se crée au sein de nos Accélérateurs et le fait que les dirigeants sensibilisés deviennent des ambassadeurs auprès de leurs partenaires, fournisseurs et clients. C’est la magie du ruissellement », conclut Éric Beyma.

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