Pour faire face à la crise sanitaire d’abord, économique ensuite, certaines entreprises n’ont pas hésité à pivoter. Tel est le cas de Dedienne Multiplasturgy ® Group, qui s’est rapidement diversifié en lançant une nouvelle activité, destinée à durer.

« Par définition, un entrepreneur a vocation à entreprendre, à prendre des risques, à parier sur de nouvelles idées. En temps de crise il faut trouver des portes de sortie et de nouveaux terrains à explorer ». Pierre-Jean Leduc, président de Dedienne Multiplasturgy ® Group, a d’ores et déjà gagné son pari. Fortement touché par la crise des secteurs automobile et aéronautique dont son activité dépend à 70%, le fabricant de pièces techniques en plastique et composite haute-performance a rapidement réagi en développant une toute nouvelle activité : la conception et la production d’une large gamme de bio-masques, visières, écrans de protection de bureaux et comptoirs et ouvre-porte mains libres (Protectiv®).

Un tout nouveau challenge pour le groupe, qui, s’il était envisagé comme une initiative éphémère de dépannage et d’intérêt général à son lancement, a vocation à se pérenniser aujourd’hui. Amortissement d’un chiffre d’affaires en baisse, maintien d’une partie des équipes en place, accélération de projets en réflexion… Le cas Dedienne Mutliplasturgy ® Group donne l’exemple et montre en quoi il fait bon pivoter pour survivre en temps de crise.

De l’intérêt général à la pérennité de l’activité

Pour Dedienne Multiplasturgy ® Group, l’aventure pivot a commencé par une envie de répondre aux besoins collectifs. Le plasturgiste s’est en effet tout d’abord associé à l’opération « Les visières de l’espoir » pour fabriquer des visières gratuites à destination des hôpitaux pendant la crise. Une rampe de lancement pour le développement d’une nouvelle activité : « Nous sommes entrés dans le monde de cette crise sanitaire par une mesure de mécénat, et nous avons pris la mesure de l’enjeu des masques. En plus d’être consommés par millions, les masques chirurgicaux sont polluants. Notre groupe évoluant dans le monde du plastique durable, il nous a semblé opportun de concevoir des produits réutilisables à l’infini avec des matières biosourcées ». Désormais, l’initiative est envisagée comme une activité bénéfique sur le long terme. « Malheureusement pour l’industrie et l’économie, la Covid est toujours là, mais pour nous, c’est en quelque sorte un moyen d’amortir la crise. L’activité liée aux masques est en train de devenir une activité à part entière. Nous avons créé une business unit dédiée et […] professionnalisé notre approche », explique Pierre-Jean Leduc.

Si de nombreuses entreprises, notamment textiles, ont participé à l’effort collectif en stoppant leur production habituelle pour fabriquer des masques, protections et autres gels hydroalcooliques, pérenniser l’activité est une autre paire de manches. Être agile, s’adapter, faire preuve de créativité et voir loin et longtemps deviennent des qualités indispensables à la bonne marche de la diversification. Pour Dedienne Multiplasturgy ® Group, cette démarche a été prise en main avec enthousiasme par les troupes, en partie amenées à continuer de travailler pendant la crise. « Nos équipes ont été hyper impliquées et créatives. Grâce à elles, nous avons rapidement pu mettre en place une task force multisites ».

Prendre les opportunités, motiver les équipes

Fier de ses équipes, Pierre-Jean Leduc a tenu à  souligner  les bienfaits psychologiques du lancement express de cette nouvelle activité : « Dans un contexte très lourd, où règnent beaucoup d’angoisse, d’anxiété et d’inquiétude, pivoter a permis d’apporter à la fois de l’énergie et de la fierté aux équipes. Aujourd’hui, elles constatent  que nous n’avons pas fait ça pour « s’occuper », et visualisent le sens de cette initiative ». Un sens évident au regard de la pérennisation de l’activité, mais également de l’accélération des projets qui occupaient les esprits avant la crise.

En signant sa gamme Protectiv®, le groupe a notamment matérialisé son ambition d’entrer dans le monde de la marque propre et du B-to-C. « Nous évoluons habituellement en sous-traitance et en B-to-B. Avec la création de Protectiv® nous avons dû changer de business model », précise Pierre-Jean Leduc. L’entreprise a rapidement dû s’acclimater à un mode de communication différent. Un site web grand public a été créé en quelques semaines : « Tout ça a été mis en place en un temps record. Au départ, nous avons fait avec les moyens du bord, nous étions nous-même photographes et mannequins. Dès  que nous avons pu, nous avons fait appel à des professionnels, à un designer et une agence de communication, entre autres ». Une initiative qui répond également à l’envie de Pierre-Jean Leduc d’honorer à sa façon le Made in France et ses valeurs écologiques. Conçus à partir d’huile de ricin, fabriqués dans l’Hexagone suivant la démarche du circuit court, les bio-masques Protectiv® sont ainsi proposés à un prix accessible. Un deuxième critère indispensable à la pérennité du modèle B-to-C.

Ces risques pris par l’entreprise pendant la crise sont aujourd’hui reconnus comme un facteur d’amortissement de chiffre d’affaires par Pierre-Jean Leduc. Ainsi, s’il explique que comme la plupart des entreprises industrielles,  l’entreprise est toujours « sous morphine » avec les aides de l’Etat, elle compte sur la reprise du secteur automobile pour sortir la tête de l’eau, sa nouvelle activité, quant à elle, contribue au maintien du cap. De quoi donner le courage aux entreprises touchées par la crise de se réinventer.