Comment répondre à la pénurie de masques chirurgicaux ? Produire du meltblown en France, selon la Direction générale des entreprises (DGE).

Son nom ne vous dit rien ? Le meltblown est pourtant au centre de toutes les attentions. Ce matériau filtrant, principal composant des masques chirurgicaux, est le premier responsable de leur pénurie. Pour limiter ce risque dans la durée, la Direction générale des entreprises (DGE) soutient la création d’une filière de production française. Première étape : un appel à manifestations d’intérêt (AMI) à l’intention des industriels, lancé le 15 avril dernier et ouvert jusqu’au 30 juin. 

La DGE invite les entreprises qui souhaitent développer des lignes de fabrication, pour un coût minimum de 100 000 euros, à déposer un dossier en ligne. Jusqu’à 30% des dépenses d’investissement seront remboursées pour les projets retenus. « Le budget prévu par le ministère pour cet AMI pourra s’élever jusqu’à 40 millions d’euros en fonction des dossiers déposés » peut-on lire sur le site de la Direction générale des entreprises. 

En plus de la production de meltblown, la DGE étudiera les projets de fabrication de matériaux innovants, en particulier les membranes réalisées par électrofilage. Cette technologie permet de produire un matériau non tissé aussi filtrant que le meltblown, et nécessite des investissements moins coûteux : « 10 à 12 millions d’euros » pour une ligne de fabrication, contre « 60 millions » pour le meltblown, d’après Julien Payen, docteur en sciences des matériaux, interrogé par Industrie et Technologies. Encore en cours d’industrialisation, elle représente l’alternative la plus prometteuse.

Produire plus et juste à temps

« Le marché du meltblown est en effet actuellement très tendu au niveau mondial, et les fabricants de masque français rencontrent des difficultés pour se fournir » a reconnu la DGE dansIndustrie et Technologies. Peu d’entreprises produisent ce matériau en France, et celles qui le font sont la propriété de groupes étrangers. À l’échelle européenne, l’Allemagne domine le marché avec 60 à 70% de la production. 

En plus d’augmenter les capacités de production, l’enjeu est de pouvoir les mobiliser en continu, car les masques chirurgicaux ont une date de péremption. Cela est dû à la diminution des capacités de filtrage du meltblown. Les industriels qui le produisent ajoutent des charges électrostatiques, qui retiennent les particules. Mais « on constate que la charge électrostatique se perd au fil du temps, même quand le masque reste dans son emballage » a expliqué Julien Payen. Une durée de vie trop courte pour utiliser le milliard de masques stockés pendant la grippe H1N1 : « On a fixé cette durée à 10 ans. C'est pour cela que l'on n'avait plus ces stocks, constitués entre 2006 et 2009. »