Prise de conscience collective, indépendance énergétique de la France, Green Deal européen… Comment le secteur des énergies renouvelables envisage-t-il l’avenir ?

Le débat est clair. Pour Jean-Baptiste Marin, président d’Ebiomass, fabricant de biocombustibles : « Des potentialités sont offertes à l’homme de faire bien ou de ne pas faire bien. À un moment donné, c’est ça la question : on change ou on ne change pas ? » Et lorsqu’on demande aux French Fabbers du secteur des énergies renouvelables ce qu’ils espèrent à l’issue de la crise du coronavirus, la réponse est unanime. Il est temps de s’engager pour une énergie plus durable.

David Hammel, président du groupe Ayor spécialisé dans la gestion de l’eau dans l’habitat, se montre confiant : « En termes de marché, je pense qu’il y aura une accélération de la transition en faveur de produits essentiels, respectueux de l’environnement et de nos sociétés. C’était déjà dans l’air du temps avant, mais la prise de conscience devient collective. »

Autre signal encourageant pour le secteur : la crise conduit les Français à demander une relocalisation de la production industrielle. Un constat partagé par Sylfen, qui propose une solution de stockage et de production d’énergie par cogénération. « La question de la résilience est posée. Une des solutions clés, c’est de s’appuyer davantage sur des ressources locales et d’être moins sensible à des chaînes d’approvisionnement complexes, mondiales, sur lesquelles on a une maîtrise très faible en cette période », affirme son président Nicolas Bardi.

« Donner une valeur, c’est donner des euros »

L’enjeu de la reprise réside dans la capacité des entreprises du secteur à attirer les investisseurs pour poursuivre leur développement. Pour Jean-Baptiste Marin, le changement est en marche, notamment sur les marchés financiers où il observe un nouveau paradigme. « Maintenant, quand on achète des actions en bourse, on regarde si une entreprise a une empreinte positive ou négative sur le monde. C’est extrêmement important pour nous, pour valoriser notre apport. Et donner une valeur, c’est donner des euros. »

Nicolas Bardi, en pleine levée de fonds pour Sylfen, souhaite cependant que la valeur technologique de l’industrie soit mieux reconnue par les investisseurs privés : « Quand on fait des fils à combustibles, des panneaux solaires, des batteries, des éoliennes, du traitement de l’eau, qu’est-ce qu’on fait si ce n’est pas de la technologie ? » Il espère que les fonds d’investissement seront au rendez-vous pour financer la reprise dans le secteur, comme l’ont été les pouvoirs publics.

Les French Fabbers des énergies renouvelables suivent aussi de près l’avancée du Green Deal européen. Les 1 000 milliards d’euros d’investissements promis en décembre 2019 par Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, seront encore plus stratégiques pour une croissance verte en sortie de crise selon Nicolas Bardi : « Le vrai sujet c’est : quelles vont être les incitations ? Les pouvoirs publics ont un rôle important à jouer. » 

Pas de retour en arrière

Malgré les incertitudes sur le calendrier de la reprise, et la forte baisse des cours du pétrole, les entrepreneurs du secteur ne craignent pas un retour en force des énergies fossiles. « Dans le bâtiment, je pense que tout le monde a tourné la page. […] On a une occasion en or pour se recentrer sur des produits qui font du bien à ceux qui les produisent et à ceux qui les consomment », estime David Hammel d’Ayor.

Cette confiance dans l’avenir se confirme aussi en interne. « On représente la réindustrialisation de la France au XXIe siècle : nos usines font le bruit d’un aspirateur, elles ne polluent pas. Nos collaborateurs ont la satisfaction de travailler ici. L’écologie, c’est très fédérateur, c’est une mission qu’ils ont envie de réaliser » conclut Jean-Baptiste Marin.