Big data et intelligence artificielle, 3D et robotique, réalité virtuelle et exosquelettes : l'industrie navale se réinvente grâce aux nouvelles technologies. Le secteur a besoin de recruter près de 30 000 spécialistes dans 400 métiers d'ici 2030. 

Des marins nouvelle génération pour une industrie navale en plein boom. Compte tenu de la durée de conception, de fabrication et de livraison d'un navire qui prend plusieurs années, l'industrie bénéficie aujourd'hui d'une visibilité sur près d'une décennie. Le secteur dans son ensemble estime ses besoins en recrutement à 30 000 spécialistes d'ici 2030, dont 10 000 créations nettes d’emplois. 

Si les sociétés françaises ont tant de succès et font appel à tant de nouveaux talents, c'est aussi parce qu'elles ont su évoluer. Les quelque 400 métiers qu'elles proposent font de plus en plus appel aux nouvelles technologies. 

Des métiers innovants pour une industrie historique

Le développement de l’industrie navale, en lien avec les nouvelles technologies, fait émerger de nouveaux métiers. Les intégrateurs-projeteurs s'occupent d’aménager les machines. « Dans des volumes restreints comme le sont ceux d'un sous-marin, nous utilisons des maquettes numériques pour intégrer 700 000 composants, 160 kilomètres de câbles et 20 kilomètres de tuyaux », explique Sandra Romero, spécialiste de ce métier chez Naval Group, à Cherbourg. Ils font usage de lunettes 3D et de la réalité virtuelle pour projeter l'ensemble des composants au sein d'un navire. Ces nouveaux usages font appel à de nombreuses soft skills : capacité à anticiper les problèmes éventuels et relationnels à toute épreuve, travailler avec d'autres équipes, en amont ou en aval, dans la construction. « J'apprends tous les jours et je ne m'ennuie jamais ! », résume Sandra Romero. 

Autre métier, celui d'optronicien. Mariant l'optique et l'électronique, l'optronique est appliquée aux sous-marins et renvoie ainsi les périscopes aux objets du passé... Quant au mécatronicien, il conçoit, développe et maintien des systèmes intelligents, associant électronique, informatique et mécanique. 

Les métiers de la Data dans l’industrie navale

 Dans la navale, le big data prend plusieurs formes. Des capteurs intelligents détectent toute usure sur une structure. Les données collectées, servent aux data scientists pour prédire l'arrivée d'une panne, et, surtout, planifier l'e-maintenance, afin d'éviter la mise à l'arrêt d'un bâtiment. A cela s'ajoute l'intelligence artificielle, utilisée par exemple pour la reconnaissance vocale des opérateurs. « Sans oublier les algorithmes purs, qui proposent aux opérateurs les informations les plus fiables possibles pour la prise de décision, notamment dans les systèmes de combat », détaille Pierrick Etiemble, Directeur Adjoint des systèmes navals d’information, basé sur le site d'Ollioules (Var) de Naval Group. Et bien sûr, la cybersécurité, essentielle pour tous les systèmes, en particulier dans le domaine de la défense... « Tous nos ingénieurs ont intégré cet enjeu », précise-t-il. Dans de nombreux cas, il s'agit, comme le dit Dominique Sennedot, directeur du Campus des Industries Navales, à Brest, de « navaliser » des compétences existantes. Une fois formés, ces nouveaux spécialistes trouveront des postes de choix dans cette industrie. 

Le navire d'aujourd'hui est digital

Les métiers traditionnels sont de plus en plus assistés par la technologie. Au-delà des robots qui sont désormais aux côtés des électriciens, des chaudronniers, des soudeurs et autres tuyauteurs, « nous expérimentons des exosquelettes pour maximiser les performances tout en prévenant les troubles musculosquelettiques », déclare Didier Gilavert, le Directeur et DRH du site d'Ollioules de Naval Group. De quoi également féminiser la production… « Il s'agit bien d'une lame de fond, conclut Didier Gilavert, il n'y a pas un seul de nos métiers qui ne soit pas touché par la rupture numérique. Nous parlons d'ailleurs de navire digital. Et nos nouveaux métiers, très stimulants, sont parmi les plus sophistiqués du monde ».