L’industrie française doit composer avec trois grandes tendances

Alain Patchong : « L’industrie française doit composer avec trois grandes tendances » 

À l’occasion d’un podcast de Bpifrance Université consacré à l’industrie du futur, Alain Patchong, PDG de Dillygence et fondateur de la plateforme France Industrie 4.0, dresse un état des lieux des défis auxquels l’industrie française est confrontée. 

Alain Patchong fait certainement partie de ses rares personnes dotées du don d’ubiquité. PDG, enseignant à L’École Centrale Paris et à Supélec, chercheur reconnu pour ses travaux sur l’industrialisation des lignes de production, il est également l’auteur de plusieurs ouvrages que biberonnent toujours les jeunes ingénieurs ou les étudiants d’écoles comme le MIT (Massachusetts Institute of Technology). Pour Bpifrance Université, il revient sur l’émergence de trois grandes tendances de fond dans l’industrie d’aujourd’hui : la transition écologique, l’économie de la fonctionnalité et la personnalisation poussée.

La transition écologique, fer de lance de l’industrie du futur 

La tendance la plus impactante dans l’industrie ces dernières années est sans conteste la transition écologique. Alain Patchong prend l’exemple de l’industrie automobile pour étayer ses propos : « D’ici 10 ans, 50 à 60 % des véhicules immatriculés seront électriques ou hybrides. L’impact de la transition écologique sur le business de ce secteur sont énormes. » En effet, la transition de la motorisation thermique vers la motorisation électrique implique l’abaissement de la barrière technologique. « Il n’y a rien de plus simple à réaliser qu’un moteur électrique », confirme le PDG de Dillygence. 

D’un point de vue opérationnel, les impacts sont énormes : « Il convient de compenser le poids de la batterie par une structure du véhicule plus légère. D’où l’utilisation de composants différents avec l’instauration de nouveaux modes de fabrication de ces pièces. L’usine s’en retrouve complètement transformée. » 

L’économie de la fonctionnalité : l’autre tendance du 4.0 

L’économie de la fonctionnalité peut être définie comme le passage de la possession à l’usage, à l’image des SAS (système d’analyse des statistiques) dans le secteur du software. Dans le secteur des services, la plupart des entreprises ont en effet basculé de la vente de licences vers la souscription. « 70 % des sociétés dans le monde du software auront la quasi-totalité de leurs produits ou applications en mode SAS », développe Alain Patchong. 

Dans le secteur industriel, on constate la même tendance, même si la mutation est plus lente. « Ceci est dû à la nature physique du produit mais également aux compétences nécessaires pour mettre en œuvre ce type de transition », analyse le PDG de Dillygence. Des exemples existent dans le secteur de l’aéronautique notamment, dans lequel « on voit des fabricants de moteurs d’avion qui préfèrent vendre des heures de vol plutôt que des moteurs. » 

La personnalisation poussée est au cœur même de la définition de l’industrie 4.0 

« L’industrie 4.0 a été inventée par les Allemands. Leur définition de cette nouvelle industrie est très simple : c’est la possibilité de fournir un produit fortement customisé au coût de la production de masse », explique le fondateur de la plateforme France Industrie 4.0.

Dans le secteur industriel, l’une des transformations les plus importantes de ces dernières années est le déploiement des CRM (gestion de la relation client) avec la possibilité de pouvoir récupérer un certain nombre de données sur les clients et de les utiliser pour mieux les servir. « Le CRM est fortement déployé dans le domaine du retail (commerce de détail), mais on est un peu plus en retard dans le secteur industriel », confirme Alain Patchong. 

Comment doivent réagir les entreprises face à ces trois tendances ? 

« Il est important d’agir maintenant car, si vous ne le faites pas, votre concurrent aura agi à votre place », annonce d’emblée le fondateur de la Plateforme France Industrie 4.0.

D’après lui, il est nécessaire de se poser quatre questions. La première est la suivante : « Comment faire évoluer son business model pour intégrer au mieux ces nouvelles technologies et proposer de la valeur à ses clients ? » La seconde est relative à l’évolution d’une proposition de valeur centrée sur le produit à la notion de service. Le troisième point concerne l’association avec les partenaires et les clients, « pour pouvoir co-construire une proposition de valeur qui bénéficie à tout le monde. » Enfin, la dernière question, certainement la plus importante d’après Alain Patchong, est celle des talents. « Comment acquérir de nouveaux talents capables de mettre en place cette transformation vers l’industrie 4.0 et aussi comment former les personnes déjà en place dans votre entreprise ? » 

En conclusion, le PDG de Dillygence rappelle que : « la rupture technologique majeure de l’industrie 4.0 est l’intelligence artificielle, rendue possible par l’émergence des données. » Des tâches historiquement dédiées à l’Homme, comme la vision par exemple, sont aujourd’hui l’apanage des machines. « En 2015, une machine faisait environ 30 fois plus d’erreurs qu’un humain en termes de vision. Aujourd’hui, cette même machine est dix fois plus performante que l’Homme. »

Retrouvez l’intégralité du podcast en vous connectant sur bpifrance-université. 

Àlire également – Comment orienter les compétences de son entreprise vers le 4.0 ? L’exemple de Sealock  

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