Bombardement de l’atelier durant la seconde guerre mondiale, crises économiques, changement de direction : depuis 162 ans, l’entreprise textile mondialement connue pour son savoir-faire de tricotage de filets située près de Caen ne cesse de se relever des épreuves qui secouent son activité.  

Qui aurait cru que le 21ème siècle serait celui du retour en grâce du filet ? Véritable accessoire de mode de la série « Emily in Paris » dans sa version à provisions, les filets de Filt1860 renforcent également hamacs et porte-bébés et habillent les bouchots (pieux servant à la culture des moules). A son arrivée à la direction de l’entreprise normande en 2000, Jean-Philippe Cousin est bien décidé à réveiller le potentiel de la belle endormie, sans se douter des épreuves qu’il devra traverser pendant 20 ans avec son épouse Catherine, désormais co-dirigeante de l’entreprise.  

Filt1860, les mailles d’un filet international et familial

En 1860, Filt voit le jour à la suite du groupement en coopérative de paysans-pécheurs de la région caennaise, décidés à produire collectivement leurs filets. Le lin, leur matière première, est à l’époque produit localement. Pendant plus de 100 ans, la famille L’Honneur tisse les mailles d’une entreprise qui s’industrialise au début du 20ème siècle en achetant pour ses acheminements vers la gare de Caen l’un des premiers camions du Calvados. Une grande partie de l’histoire de Filt1860 avant 1925 reste floue, brûlée avec ses archives par les bombes qui ravagèrent la ville dès 1942.  

« Grâce à une vieille gazette économique achetée sur internet, on sait que Filt exportait déjà en 1925 ses filets à provisions dans plusieurs pays d’Europe » raconte Jean-Philippe Cousin.  Arrivé en 2000 pour reprendre la direction de l’entreprise, il finit d’en racheter les parts en 2016 avec sa femme.  

Leur petite entreprise a connu la crise

Parmi les épreuves auxquelles l’entreprise doit faire face, Jean-Philippe Cousin se souvient de septembre 2001. L’attentat des tours jumelles de New York stoppe net les commandes étasuniennes de Filt et font prendre conscience à Jean-Philippe Cousin qu’un marché peut s’arrêter du jour au lendemain. « A l’époque, la moitié du chiffre d’affaires reposait sur la culture des moules de bouchot. Je me suis dit que si demain on devait faire face à un problème de mortalité des coquillages, ce serait catastrophique » se souvient le dirigeant. Dès lors, l’entreprise opte pour la maximisation du nombre de clients à l’export et la diversification de son activité.  

En 2006, le rachat de l’atelier d’un fournisseur leur permet de devenir le premier fabricant français de mèches à bougie. Mais la crise économique donne un coup de frein à leur stratégie de développement en 2008. Les impayés se multiplient, des distributeurs font faillite, il faut se remonter les manches pour assurer le rôle de grossiste et faire jouer son réseau pour obtenir des délais de paiement. Après plusieurs années difficiles, l’année 2015 marque un renouveau : le CA à l’export est de 50%, les finances à l’équilibre.  

Puis, 2017 sonne le grand retour à la mode du filet à provision et l’entreprise se voit attribuer le label « Entreprise du Patrimoine Vivant », décerné par le Ministère de l’Industrie, véritable sésame sur le marché asiatique. Projet d’école de formation en couture sur machine industrielle, collaboration avec une grande marque de maroquinerie, participation au programme européen INdIGO de recherche pour des dispositifs de pêche durable : de beaux poissons semblent s’agiter dans les mailles de Filt1860.