Tiny house, yourtes, containers, habitats démontables… La demande pour des micro-habitats légers et modulables est en plein essor en France et les entreprises spécialisées fleurissent pour répondre à cette nouvelle tendance. Rencontre avec des nouveaux acteurs qui prennent leurs marques dans le secteur de la construction.

Une micro-maison déplaçable, adaptable, plus respectueuse de l’environnement, économe en énergie et abordable : voilà en quelques mots le portrait du nouveau type d’habitat qui séduit de plus en plus d’usagers en France. Celui-ci prend plusieurs formes, qu’il s’agisse de tiny houses – ces petites maisons sur remorque devenues populaires aux Etats-Unis après la crise financière de 2008 – ou de containers maritimes recyclés en studios, en passant par les habitats démontables de type yourte. 

Encore peu répandus il y a quelques années, ces nouveaux logements se démocratisent, notamment depuis la pandémie de coronavirus. Conséquence : le secteur de la construction de ces micro-habitats se développe de façon exponentielle. La France compte par exemple plus de 150 entreprises dédiées à la construction de tiny houses – un chiffre en constante augmentation, selon Guillaume Gabrièle, responsable marketing de Ma Petite Maison, spécialisé dans l’accompagnement de projets de micro-habitats. « De nombreux artisans abandonnent leur activité principale pour se consacrer uniquement à ces micro-maisons car la demande est là », note-t-il.

L’organisation de filières telles que celles des matériaux biosourcés

Le succès est tel que le carnet de commande d’Ideal Tiny est rempli pour l’année à venir. L’entreprise spécialisée dans la fabrication de tiny houses, née en novembre 2019, compte aujourd’hui 50 salariés et livre une centaine de tiny house par an, pour un chiffre d’affaires de 3,5 millions d’euros en 2022 contre 500 000 euros durant sa première année. Pour son fondateur Denis Lelièvre, le secteur des micro-habitats est aujourd’hui « dans une phase de maturité » propice à son bon développement, grâce notamment à l’organisation de filières telles que celles des matériaux biosourcés et résistants, adaptés à ce type de construction. 

La jeune entreprise Le Cocon Français, créée en décembre 2020 par Cyril Le Regent, Antoine Pergetti et Nicolas Laurette, est également très sollicitée pour ses espaces de vie construits à partir de containers maritimes, dans une démarche éco-responsable. Et ce, par des clients en quête d’espaces modulables. « Il y a eu l’effet COVID qui a poussé les gens à se tourner vers des constructions plus simples à mettre en œuvre, réalisables en seulement quelques mois, voire semaines, et déplaçables facilement. C’est une sensation de liberté que l’on ne retrouve pas dans la maison traditionnelle, plus lourde et massive », détaille Antoine Pergetti.

Du tourisme vert au bureau mobile

Un succès que ces micro espaces doivent également à leurs multiples potentielles fonctions, capables de répondre à des besoins variés, au-delà d’un logement principal. « Environ 70% des demandes que nous recevons concernent l’habitation principale. Mais les micro-habitats sont aussi utilisés dans le tourisme vert, ou par des professionnels indépendants ou en télétravail qui souhaitent un bureau mobile », liste Côme Turrillot, COO de Ma Petite Maison. Ideal Tiny vend par exemple ses micro-maisons à des campings, à des clients désirant faire de la location saisonnière ou encore à des personnes exerçant une profession libérale, là où Le Cocon Français propose davantage des studios, espaces professionnels et détentes de type salle de sport ou pool house.

Associer industrialisation et artisanat

Répondre à la demande croissante représente toutefois un défi de taille pour les entreprises, qui doivent garder en tête l’industrialisation des process, dans un souci d’optimisation des coûts et de réduction des délais de fabrication… et ce, tout en préservant la nature artisanale des micro-habitats, caractéristique recherchée par les clients.

Denis Lelièvre s’y attelle depuis la création d’Ideal Tiny, avec pour but l’augmentation de ses capacités de production en vue de satisfaire sa clientèle dans l’hôtellerie de plein air. « Nous avons des modèles de tiny house prédéfinis, que les clients peuvent ensuite personnaliser. Cela nous permet de constituer des stocks importants et de maîtriser nos coûts de fabrication, pour proposer des prix compétitifs et répondre rapidement aux demandes », explique-t-il. 

Ideal Tiny fonctionne en groupement d’artisans, avec une équipe dédiée à la construction d’une micro-maison de A à Z. « Ce n’est pas un travail à la chaîne. La tiny a une âme et il ne faut pas la dénaturer », insiste le fondateur de l’entreprise. Pour Ma Petite Maison, qui accompagne les projets de micro-habitats, c’est également un axe sur lequel travailler avec ses partenaires, qu’il s’agisse d’entreprises ou d’artisans. « Nous aimerions jouer un rôle de conseiller pour aider nos partenaires à valoriser leurs points forts et améliorer leurs points faibles concernant l’industrialisation des process », précise Guillaume Gabrièle, responsable marketing.

Les entrepreneurs se montrent tous optimistes quant à l’avenir de ces nouveaux habitats. Comme l’affirme Antoine Pergetti, cofondateur de l’entreprise Le Cocon Français : « Au-delà de l’effet de nouveauté, il y un vrai attrait et intérêt qui, je pense, fait que ce type de solution va être prisée tout autant que les maisons traditionnelles ».