Fonds d’investissements, activité partielle, prêts garantis… Le gouvernement mobilise 15 milliards d’euros pour relever la filière aéronautique et réduire son impact environnemental.

Décréter « l’état d’urgence pour sauver notre industrie aéronautique ». C’est chose faite depuis le 9 juin, et l’annonce d’un plan de soutien à la filière par le ministre de l’Économie Bruno Le Maire. Négocié avec le Groupement des industries aéronautiques et spatiales (GIFAS), il prévoit 15 milliards d’euros d’aides, d’investissements, de prêts et de garanties, dont les 7 milliards d’euros débloqués pour Air France fin avril. L’enjeu est double : garantir l’avenir de l’aéronautique en France et accélérer sa transition écologique. 

Un plan « proportionné à la violence » de la crise

Sur les 300 000 emplois que compte l’industrie aéronautique, 100 000 seraient menacés d’après le ministère de l’Économie. Le premier volet du plan prévoit donc plusieurs mesures pour préserver la trésorerie des acteurs de la filière. L’accès aux prêts garantis par l’État et au dispositif de chômage partiel est ainsi maintenu dans les mêmes conditions qu’en mars. Mardi 16 juin sur Europe 1, la ministre du Travail Muriel Pénicaud a d’ailleurs précisé que l’activité partielle longue durée pourrait être activée jusqu’à fin 2021 dans les secteurs les plus durement touchés par la crise, dont l’aéronautique. 

Au-delà de l’emploi, le gouvernement souhaite conserver les « compétences rares » de 35 000 ingénieurs aéronautiques. Pour financer la R&D sectorielle, un fonds d’investissement créé dès l’été 2020 sera abondé par les 4 industriels du GIFAS (Airbus, Safran, Dassault-Aviation et Thales) et Bpifrance. Montant attendu : 1 milliard d’euros. Un autre fonds de 300 millions d’euros contribuera à la montée en gamme des PME et ETI sous-traitantes. Il financera la mise en place de lignes de productions innovantes, digitalisées et robotisées.

« La France peut devenir le pays de l’avion décarboné » 

L’annonce du plan de soutien permet aussi à Bruno Le Maire de fixer un cap ambitieux : « parvenir à un avion neutre en carbone en 2035 au lieu de 2050 ». Le potentiel environnemental d’un tel avion n’est pas négligeable, alors que le transport aérien est responsable de 2 à 3% des émissions de CO2 annuelles mondiales. Pour y parvenir, une enveloppe d’1,5 milliard d’euros sera allouée au Conseil pour la Recherche Aéronautique civile (CORAC). Versée sur 3 ans, elle permettra de financer les technologies de réduction de la consommation de carburant, l’électrification des avions et la recherche sur les carburants neutres en carbone, tels que l’hydrogène. 

Les acteurs français sont attendus pour relever ce défi technologique, en particulier Airbus. L’avionneur sera en charge de concevoir et de produire cet avion zéro carbone. Les premiers appareils devraient décoller sous les couleurs d’Air France, à qui le gouvernement demande de « devenir la compagnie aérienne la plus respectueuse de l’environnement de la planète. » La compagnie a d’ailleurs entamé le renouvellement de sa flotte, en annonçant le retrait anticipé de ses A380 en 2022.