Inciter les entrepreneurs à construire l’industrie du futur, c’est tout l’objectif du Paris-Saclay Hardware Accelerator (PSHA) et de sa micro-usine 4.0 lancée en 2020. Basé dans l’Essonne, cet accélérateur de projets industriels apporte une aide précieuse aussi bien aux startups, qu’aux PME et aux grands groupes. Entretien avec Bertrand Marquet, co-fondateur de PSHA. 

2000 m2 pour accueillir la première usine du futur dédiée à l’accélération des projets deeptech, c’est le pari fou lancé par le Paris-Saclay Hardware Accelerator. De la conception à la fabrication, en passant par le prototypage, les programmes immersifs de PSHA mettent les industriels dans les meilleures conditions pour réaliser leur projet et évoluer vers l’industrie du futur.

La French Fab : Racontez-nous la genèse du projet PSHA ?

Bertrand Marquet : Nous sommes partis du constat, notamment lorsque nous analysions les différents incubateurs avec mes associés, que les aspects innovation et production ne se rencontraient jamais. Nous avons donc décidé de créer un endroit au sein duquel il est possible d’arriver avec un prototype et de repartir avec une première petite série de production. L’idée avec le Paris-Saclay Hardware Accelerator est d’accompagner les industriels de A à Z, grâce à l’ensemble de nos experts, s’ils en ressentent le besoin.

LFF : Concrètement, comment un entrepreneur ou une PME intègre le PSHA ? 

BM : La seule condition pour entrer chez nous est de porter un projet hardware (projet physique palpable, NDLR), incubé ou non. Tout débute par une première rencontre lors de laquelle nous analysons la problématique d’industrialisation et tentons d’y répondre. Si c’est positif, nous établissons un devis. Une fois le projet enclenché, nous franchissons les étapes les unes après les autres. L’humain est au centre du projet chez PSHA, il existe une interaction très forte entre nos différents experts et les personnes concernées par un projet. On essaye d’internaliser au maximum toutes les compétences, cependant nous disposons d’un réseau de sous-traitants à proximité, dans l’Essonne et les Yvelines, pour des demandes auxquelles nous ne pouvons pas répondre.

LFF : Combien de projets ont été concrétisés chez vous depuis 2020 ? 

BM : En deux années d’activité, nous recensons une trentaine de projets d’accompagnement. Nous avons malheureusement lancé PSHA au pire moment, à quelques jours du premier confinement en mars 2020. Nous n’avons pas bénéficié d’une ouverture officielle à cause de la crise du Covid. Malgré ce ralentissement d’activité, je peux vous citer quelques beaux projets sortis du PSHA, comme Omni, un des premiers projets accélérés chez nous, ou encore Ynsect devenue une licorne depuis. De la réalisation de quelques pièces à de l’impression 3D pure, tout est possible chez nous ! 

LFF : Comment se passe le financement d’un projet industriel innovant ? 

BM : Ce n’est pas notre cœur de métier mais nous sommes en relation avec Réseau Entreprendre par exemple. Nous souhaitons d’ailleurs développer, dans un futur proche, des partenariats avec des incubateurs, qui sont eux spécialisés dans le financement. Nos clients vont de la startup à la PME, en passant par les grands groupes, Air Liquide et Dassault aviation pour ne citer qu’eux. Mais nous ne possédons aucune part dans les projets de ces différentes entreprises. 

LFF : Le gain de temps est conséquent pour un entrepreneur qui passe par le PSHA ? 

BM : Nous n’avons pas encore assez de recul pour avoir des chiffres précis. Mais j’aime à dire que chez PSHA, nous transformons les années en mois et les mois en semaines ! La concrétisation des projets est rapide. Cela rassure les investisseurs car un prototype est industrialisable dans un délai très court chez nous. Nous sommes une véritable caution technique. 

LFF : Vous disposez d’experts pour toutes les phases du développement d’un projet industriel ? 

BM : Tout à fait. Nous regroupons toutes les compétences au sein d’un même bâtiment. Selon les attentes et les besoins, nous proposons différents packs : espace de bureau, atelier, logement, service d’un bureau d’études sur place, imprimantes 3D industrielles (plastique, résine, métal), autres procédés traditionnels industriels, conception orientée 3D, savoir-faire d’ingénieurs spécifiques et adaptés… 

LFF : Vous possédez un programme NewSPACEBooster. Le New Space made in France se développe fortement ? 

BM : Le New Space regroupe l’innovation et l’entreprenariat du spatial, il se développe fortement chez les startups, alors qu’il était l’apanage des grands groupes il y a encore quelques années. C’est une thématique que l’on souhaite développer. Les Fab Lab ont leur limite, on ne peut pas industrialiser chez eux. Mais chez nous, si ! 

LFF : Vous êtes membre de La French Fab. C’est essentiel pour le PSHA ? 

BM : C’est important pour deux raisons : nous faire connaître et développer notre réseau. Même si l’on souhaite internaliser au maximum, nous possédons plusieurs partenaires. Et ils comptent sur nous pour la visibilité. 

LFF : Que diriez-vous à un entrepreneur hésitant à se lancer dans un projet industriel ? 

BM : La partie industrielle est complexe et très lourde. Mettre en place une industrialisation, voire une usine, ce n’est pas facile et il faut s’armer de patience. Mais nous sommes un très bon partenaire pour la première phase : on lance les gens sur des petits volumes dans le but de convaincre les investisseurs.

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