Un quart des entreprises souhaitent s’approvisionner auprès de fournisseurs français ou européens, contre 16% avant la crise sanitaire.

La relocalisation, tendance clé du monde d’après ? La réponse est oui, à en croire la dernière étude d’AgileBuyer pour le Conseil national des achats. Parmi les 800 entreprises interrogées en mai 2020, 25% se sont déclarées prêtes à relocaliser leurs approvisionnements en France ou en Europe. Elles n’étaient que 16% à l’envisager au début de l’année. La France accueillerait 98% des relocalisations, contre 63% avant la crise du Covid-19.

Les bénéfices attendus par les acheteurs reflètent les difficultés rencontrées ces deux derniers mois. Ils sont ainsi 92% à espérer sécuriser leurs approvisionnements en faisant appel à des fournisseurs locaux. L’épidémie a révélé un risque de pénurie élevé en cas de forte dépendance à l’égard de fabricants étrangers. En première ligne se trouvent les produits sanitaires tels les masques, dont 50% de la production mondiale est réalisée en Chine. Avec l’Inde, elle fournit aussi 60 à 80% des principes actifs utilisés par l’industrie pharmaceutique. 

Les entreprises interrogées sont également conscientes des conséquences écologiques de chaînes d’approvisionnement longue distance. 64% souhaitent réduire leur impact environnemental en augmentant la part de made in France dans leurs productions. Quitte à payer plus cher. Si le prix des produits fabriqués en France reste un frein pour 18% d’entre elles, les acheteurs ne sont plus que 59% à considérer la réduction des coûts comme leur objectif prioritaire, contre 68% début 2020. 

Priorité aux secteurs stratégiques

Plus qu’un retour de filières entières sur le sol français, le scénario le plus probable est celui du double sourcing : se fournir et produire à moitié en France, à moitié à l’étranger. « On ne peut pas tout relocaliser. Il existe des industries mondiales, tirées par le coût de production. On ne pourra pas changer ça du jour au lendemain », a déclaré Olivier Lluansi, délégué aux Territoires d’industrie auprès de la Direction générale des entreprises, dans Les Échos 

Les projets de relocalisation pourraient bénéficier du soutien de la Caisse des dépôts (CDC). « Il faut qu'on réfléchisse à notre organisation industrielle et publique en termes d'indépendance nationale et de gestion des grands risques », a affirmé Éric Lombard, son directeur général, lors de la présentation des résultats de la CDC en avril dernier. Parmi les secteurs prioritaires, l’industrie de la santé arrive en tête : « nous allons certainement devoir [...] réimplanter en France des filières de fabrication de divers produits, médicaments, produits médicaux, respirateurs », conclut Éric Lombard.