Plébiscité dans l’aéronautique et la défense, le jumeau numérique fait aussi ses preuves dans le secteur de la santé.

Dans la course au traitement contre le coronavirus, ExactCure attire l’attention. La start-up niçoise vient de se lancer dans la création d’un jumeau numérique de l’hydroxychloroquine. Cette molécule fait l’objet de nombreux débats, tant sur son efficacité contre le virus que sur la sévérité de ses effets secondaires. Le projet d’ExactCure, en partenariat avec l’Assistance Publique - Hôpitaux de Marseille et l’entreprise d’analyse de données sanitaires Elsevier, vise à éclaircir les zones d’ombres qui entourent ce médicament. 

Ce qui change dans le protocole ? Aucun essai clinique n’est nécessaire grâce à l’utilisation de jumeaux numériques, ces répliques digitales de systèmes ou de processus bien réels. Grâce à son modèle de l’hydroxychloroquine, conçu en 48 heures, et aux données médicales fournies par Elsevier, ExactCure peut simuler les effets de la molécule sur l’organisme de patients virtuels. 

Quelles que soient les conclusions, la technologie elle-même suscite un intérêt marqué de la part des professionnels de la santé. « Avec le traitement de données massives et l'intelligence artificielle, l'informatique va ouvrir une ère aussi révolutionnaire que la découverte de la pénicilline dans la prise en charge des patients », estime Jean-Noël Albertini, chef du service de chirurgie cardiaque et vasculaire au CHU de Saint-Étienne, interrogé par les Échos. 

Rendre visible l’invisible

 Les grands industriels français sont également conscients des possibilités offertes par les jumeaux numériques en matière de santé. Dans un communiqué publié en février 2020, Dassault Système a ainsi annoncé sa volonté de développer un jumeau numérique du corps humain. Son ambition : rendre visible l’invisible. « Industriels, chercheurs, médecins et patients peuvent visualiser, tester, comprendre et prédire ce qu’ils ne peuvent pas voir – depuis l’effet d’un médicament sur la maladie jusqu’aux résultats d’une intervention chirurgicale – et ce, avant même que le patient commence son traitement. » 

Chez Sanofi aussi, on explore le potentiel des données et de l’intelligence artificielle. Le laboratoire pharmaceutique a digitalisé 6 de ses usines, de leurs chaînes de production à leur consommation d’énergie. Les jumeaux numériques des sites lui permettent de préparer le développement de nouveaux produits, de contrôler le fonctionnement des machines ou encore d’étudier les conséquences d’un changement de ses processus de production.

Les promesses des jumeaux numériques reposent aussi sur la capacité d’innovation de plus petits acteurs du secteur de la santé. La start-up PrediSurge, capable de modéliser l’aorte d’un patient pour anticiper les effets de la pose d’une prothèse. De son côté Neoxia, PME d’une centaine de personnes, a développé une plate-forme de modélisation en 3D d’un cerveau de souris. Une innovation prometteuse pour la recherche contre les maladies d’Alzheimer ou de Parkinson.