INTERVIEW. Dès le début de la crise, Volumic 3D, le champion français de la fabrication additive, s’est engagé dans la lutte contre l’épidémie de Covid-19. Stéphane Malaussena nous parle de l’engagement de l’entreprise.

Un engagement total. Depuis sa création en 2013 par Gérard Luppino et Stéphane Malausséna, Volumic 3D s’est imposé comme le premier fabricant français d'imprimantes 3D professionnelles de bureau. Désormais, l’entreprise niçoise met son savoir-faire et son matériel au service des professionnels de santé afin de faire face à la pénurie de matériel médical. Elle imprime aussi bien des éprouvettes de test de dépistage du Covid-19 que des visières de protection ou encore des pièces pour respirateurs. « Au début du confinement, je pensais que nous allions être principalement repliés sur nous-même, revoir notre stratégie, et préparer notre relance. Bien sûr, nous l’avons fait et nous le faisons toujours. Mais nous sommes très vite rentrés corps et âme dans la lutte contre le Covid-19 via l’impression 3D », raconte Stéphane Malausséna.

Comment avez-vous vécu l’entrée en confinement ?

Stéphane Malaussena. Comme tous les entrepreneurs on ne savait pas trop comment ça allait se passer. Les perspectives étaient assez floues entre les commandes reportées, et les consignes de confinement et de sécurité sanitaire assez strictes. On a mis une partie de nos équipes au chômage partiel. Bref, on pensait mettre notre activité entre parenthèses.
Mais dès les premiers jours, on a vu émerger des solutions inédites pour lutter contre l’épidémie avec l’impression 3D. Très vite, nous avons été identifiés comme des acteurs pouvant participer à certains de ces projets.

Quels sont les atouts de l’impression 3D dans le contexte d’urgence sanitaire ?

Stéphane Malaussena. Je vais répondre avec un exemple très concret. Nous avons été contactés par les laboratoires Cerballiance qui effectuent des tests de dépistage du Covid-19. Ils n’arrivaient plus à s’approvisionner en éprouvettes nécessaires à ces tests. En 72h, avec l'appui de la Ferme 3D, nous avons trouvé une solution à leur problématique grâce à l’impression 3D.

Comment ça s’est passé ?

Stéphane Malaussena. Ils nous ont fait un croquis avec des cotes, à reproduire en 3D. Le lendemain, on a imprimé un premier modèle. 48h après, on faisait des impressions 3D pour vérifier la faisabilité et l’étanchéité de ces éprouvettes. 72h, après le laboratoire les a testées dans ses machines. Dans la journée, ils nous ont appelé et dit :« Ecoutez, ça marche ! »
Et après avoir fait valider le modèle par d’autres laboratoires ils nous ont demandé « Ok, et maintenant combien on peut en produire ?»
Au début on pouvait en sortir 200 et là on arrive à en imprimer 5 000 à 10 000 par semaine. Et nous n’avons pas de consigne d’arrêter !

Au-delà des éprouvettes, vous travaillez sur d’autres projets.

Stéphane Malaussena. Oui. On participe aux impressions de visières de protection ou de valves pour adapter les masques de plongée Décathlon aux respirateurs. On participe à la conception et l’impression de pièces 3D et accessoires pour des respirateurs portables de secours qui doivent encore être validées par les autorités de santé. Par la suite, on compte apporter notre force de frappe en matière d’impression 3D.

Et vous n’avez pas peur de manquer de matière première pour vos impressions ?

Stéphane Malaussena. En tant que fabricant de machines, nous avons la chance d’avoir énormément de matières stockées chez nos fournisseurs. On rapatrie cette matière première, donc pour l’instant on sait qu’on peut tenir encore quelques temps.

Cette crise sanitaire a mis en lumière tout le potentiel de l’impression 3D

Stéphane Malaussena. Je vous rejoins. C’est un vrai coup de projecteur sur la 3D. Les professionnels qui ne se sont pas encore équipés prennent conscience de leur retard. Certains se disent « on aurait pu intervenir et contribuer à l’effort national ». Mais surtout, ils se rendent compte que, si elle répond à une urgence aujourd’hui, l’impression 3D pourra répondre à leurs problématiques du quotidien. Je pense qu’il y aura un boost de la 3D dans les mois à venir, ou du moins après la crise. D’autant plus que la 3D porte des valeurs qui gagnent du terrain : l’autonomie, la fabrication locale et le développement durable. Si on prend l’exemple des visières, elles sont imprimées dans des matériaux recyclables ou des matériaux biodégradables.
C’est une technologie formidable, et chez Volumic, on le dit depuis des années.

En tant que French Fabber vous adhérez à l’appel des entrepreneurs de La French Fab pour faire face à la crise et préparez la reprise.

Stéphane Malaussena. Complètement. Avec les membres de La French Fab, on se bouge et on fait bouger les choses aussi. Les entreprises qui peuvent aider le font, elles font jouer leur réseau dans le bon sens : on se partage les infos, les fichiers. On ne compte pas nos heures et quand on ne peut pas produire gratuitement, on le fait à prix coûtant. La French Tech aussi fait son travail. Il y a un vrai élan national et ça nous motive tous pour la relance économique à venir.