À l’origine du premier robot compagnon 100 % français, Blue Frog Robotics a connu un démarrage complexe avant de conquérir les salles de classe de l’Hexagone. Sa phase d’industrialisation aujourd’hui terminée, l’entreprise voit ses ambitions se concrétiser. Rencontre avec Rodolphe Hasselvander, son fondateur.

Il s’appelle Buddy et il a été conçu pour devenir le compagnon connecté des personnes isolées, jeunes ou âgées, et leur lien vers le monde extérieur. Fabriqué en France, ce petit robot a les yeux aussi grands que l’ambition de son créateur, Blue Frog Robotics. Fondée en 2014 par Rodolphe Hasselvander, l’entreprise s’est dès le départ centrée sur ce produit qui a demandé des années de R&D et une production « pour le moins artisanale, puisque nous faisions l’assemblage nous-mêmes », se souvient le dirigeant. Jusqu’alors vendu à l’unité, Buddy restait par conséquent assez onéreux.

Grâce à ses compétences aussi bien robotiques que domotiques, son important catalogue d’activités éducatives, ainsi que sa capacité à se connecter en visioconférence, et donc créer et maintenir un lien social, Buddy se destine à tous. Blue Frog Robotics souhaite avant tout mettre son Intelligence Artificielle au service des populations isolées et vulnérables : les personnes âgées, qu’elles soient à domicile ou en EHPAD et les enfants hospitalisés ou atteints de troubles cognitifs. 

Se développer grâce au plan France 2030

Le soutien scolaire en continu que permet cette intelligence artificielle (IA) lui a permis de remporter un appel d’offres lancé par le Ministère de l’Éducation nationale dans le cadre du programme TED-i, dispositif d’inclusion scolaire. Plus de 2 000 robots ont été commandés pour intégrer des écoles primaires dans tout l’Hexagone. L’objectif : assurer la continuité scolaire des enfants touchés par des maladies somatiques graves et de longue durée, grâce à une présence virtuelle et quasi-physique au sein de leur classe, assurée par le robot. Munis d’une tablette, les élèves hospitalisés ou à la maison de leur côté peuvent suivre les cours en temps réel et en visio mais aussi commander Buddy pour assurer les interactions avec leurs enseignants et camarades.

Cette commande publique permet à Blue Frog Robotics de passer en phase d’industrialisation et d’opérer une économie d’échelle, lui permettant de réduire le prix d’un robot à 2 000 euros et de répondre à la demande qui s’accélère avec la crise du COVID-19. « Nous avons lancé la production de plusieurs milliers de robots et plus de 2000 ont déjà été déployés », précise Rodolphe Hasselvander. 

L’entreprise parisienne est également lauréate des Challenges Éducation, lancés en soutien de la filière Edtech française, dans le cadre de France 2030. Soutenu par Bpifrance à 45 %, le projet de l’entreprise vise à mettre son robot au service de l’inclusion en s’adaptant aux jeunes élèves à besoins éducatifs particuliers, tout en utilisant les outils pédagogiques des écoles.

« Nous allons développer des applications basées sur notre robot à destination des enfants atteints de troubles cognitifs (autisme ou autre). C’est un projet sur 18 mois que nous allons déployer sur l’agglomération de Saint-Quentin-en-Yvelines », explique le dirigeant. Buddy accompagnera ainsi élèves et enseignants dans l’apprentissage mais également la gestion des états émotionnels. « L’objectif, à l’issue de ce projet, est d’avoir une solution complètement commercialisable. » Le robot et ces nouveaux outils seront notamment présentés lors du Big Tour, le 20 septembre 2022.

La prochaine étape : avoir sa propre ligne d’assemblage

Pour l’heure, c’est à Beauvais que Blue Frog Robotics sous-traite la fabrication de Buddy. L’entreprise tient à ce que sa production soit française et le reste. « C’était très important pour nous de participer à la réindustrialisation de la France », insiste le fondateur. « C’est aussi le meilleur moyen de gagner du temps, de pouvoir suivre la production sur place facilement, échanger directement avec l’usine, limiter la logistique tout en gagnant en réactivité. »

Se félicitant de voir l’industrie française et les startups industrielles remises à l’honneur, Rodolphe Hasselvander constate d’ailleurs que les investisseurs se montrent moins frileux à soutenir une filière encore jugée risquée il y a quelques temps mais pourtant beaucoup plus tangible que la bulle des startups software.

À terme, la PME réfléchis à intégrer une partie de la production et, peut-être, disposer de plusieurs sites afin de tenir une cadence doublée, voire triplée et « avoir vraiment la maîtrise de la production. » Pour cela, son dirigeant envisage de solliciter le Prêt Nouvelle Industrie ainsi que le fonds Société de projets industriels (SPI2).

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