Fabricant de bras robotisés et automatisés à destination des PME et du milieu éducatif, Niryo voit en la réindustrialisation de la France une véritable opportunité d’améliorer le secteur en favorisant la synergie entre robots et opérateurs.

Démocratiser la cobotique, voilà la mission que s’est donné Niryo. Créée en 2016 par Marc-Henri Frouin et Edouard Renard, l’entreprise est d’abord née d’une frustration vécue lors de leurs études d’ingénieur au cours desquelles la petite et moyenne robotique était laissée pour compte. Ils imaginent alors Niryo One, un bras à six axes capable d’attraper et de porter des petites charges, facilement programmable et surtout abordable puisque les pièces non-électroniques sont fabriquées par impression 3D. Ils le destinent avant tout au milieu éducatif, afin de familiariser les étudiants à la robotique et la programmation dès le secondaire, mais aussi aux professionnels, comme outil d’apprentissage pour se former aux robots industriels plus complexes, dont Niryo One partage certaines caractéristiques.

Pour une nouvelle robotique industrielle collaborative

L’intérêt progressif manifesté par le monde des PME sensibilise les deux associés à un autre besoin : celui de l’automatisation permettant d’effectuer des tâches simples et répétitives pour que l’opérateur puisse se concentrer sur des tâches à plus grande valeur ajoutée. « On connaît la complexité aujourd’hui pour les industries à recruter sur des métiers très manuels, très répétitifs, très pénuriques, explique Marc-Henri Frouin. Ce manque de main d’œuvre sur des tâches à basse valeur ajoutée peut être comblé par une robotique disponible, accessible mais également résiliente, c’est-à-dire capable de s’adapter à son marché, à son environnement. »

Le co-fondateur de Niryo, aujourd’hui seul dirigeant, est convaincu du potentiel offert par cette nouvelle robotique dite collaborative, très éloignée de la robotique historique assignée à remplacer l’humain sur le long terme et cantonnée à une fonction. « Pour nous la robotique est là en assistance à des humains qui resteront au cœur du process et qui, eux, s’adapteront à la demande pour que tout fonctionne en meilleure intelligence ». La startup élargit sa gamme tant software et intelligence artificielle qu’hardware, avec la conception d’un convoyeur, permettant de prototyper des lignes de production, et d’une caméra pouvant tous deux être ajoutés à leur bras, rebaptisé Ned. Celui-ci vient en renfort des utilisations industrielles les plus avancées et se montre polyvalent, capable de manipuler, étiqueter, porter, ranger. En 2022, Niryo lance son successeur Ned2, aux spécifications techniques renforcées et spécialement conçu pour le monde de l’éducation, de la recherche et de l’industrie 4.0.

Participer à la réindustrialisation française

La PME soutient activement la dynamique visant à réindustrialiser le territoire. Alors qu’elle était en plein questionnement sur son modèle et l’organisation de son activité, la crise sanitaire est venue lui rappeler que la résilience ne pouvait être assurée que par une présence et une maîtrise de la chaîne complète de valeur. Un constat valable pour l’entreprise lilloise mais aussi plus largement pour le secteur industriel de l’Hexagone. « Non seulement nous avons choisi de garder l’intégralité de notre ligne d’assemblage mais nous avons aussi décidé de nous tourner vers des fournisseurs plus locaux pour nos composants, explique Marc-Henri Frouin, cofondateur. Participer au renforcement de l’écosystème français est aujourd’hui crucial pour nous en tant qu’acteur économique. »

Soutenu très tôt par Bpifrance, Niryo a également bénéficié cette année d’un soutien à l’investissement productif dans le cadre du Plan de relance. « Cela nous a permis de passer d’une phase de pré-série un peu avancée à une vraie phase d’industrialisation où nous avons une vraie maîtrise de la marge de nos produits et du coût. » Après une première levée de fonds de 3 millions d’euros en 2020, la PME prévoit un nouveau tour de table pour 2023. Autre objectif pour l’année prochaine : passer de 40 à 70 collaborateurs. Et toujours avec la mission de rendre à l’industrie ses lettres de noblesse : « C’est un formidable ascenseur social et un secteur riche de nombreux corps de métiers. Dans un monde purement digital avec un fort niveau d’abstraction, l’industrie offre aussi du concret », conclut Marc-Henri Frouin.