Créée en 2014, DNA Script a fait de la synthèse ADN par voie enzymatique le levier de son succès. Leader mondial sur le marché, la biotech entrée dans la famille des entreprises du Next 40/120 en début d’année poursuit son ascension industrielle et commerciale.

« L’ADN est au cœur de toute recherche et activité liée à biologie et aux sciences de la vie ». Indispensable, la molécule n’en est pas pour autant facile d’accès pour les laboratoires, lesquels ne peuvent prétendre à son utilisation qu’après plusieurs démarches logistiques (de la commande à l’envoi et à la réception). A DNA Script d’entrer en jeu. En proposant aux acteurs du secteur de la biologie la capacité d’imprimer eux-mêmes leurs fragments d’ADN sans passer par un tiers (via une imprimante ADN nommée SYNTAX), la biotech francilienne s’est positionnée comme pionnière et leader sur le marché. Une prouesse qui a mis 4 ans à entrer en phase de commercialisation, portée par les diverses initiatives de ses dirigeants et plusieurs tours d’investissement.

Faciliter l’accès à l’ADN et accélérer la recherche scientifique

« Depuis le début, nous avons la même vision : fournir une solution pour programmer les systèmes biologiques et cela pour aider les chercheurs, ingénieurs ou techniciens des sciences de la vie à concevoir de nouveaux médicaments ou comprendre l’origine de la vie – il y a des centaines d’applications de ce type – Notre capacité à programmer les systèmes biologiques est limitante aujourd’hui et nous voulons changer cet état de fait », affirme Thomas Ybert, directeur général de DNA Script. Après avoir travaillé dans le domaine de la biologie synthétique, lui et les deux autres cofondateurs Sylvain Gariel et Xavier Godron ont constaté que de nombreux projets n’ont pu aboutir « faute de méthodes efficaces pour programmer des systèmes biologiques ». Parce que l’ADN est un moteur pour la recherche scientifique, c’est sur ce pan du secteur que les créateurs de la startup industrielle se sont concentrés. Une opportunité également portée par les lacunes françaises en la matière : « Si l’industrie des sciences de la vie a été très forte pendant de nombreuses années en France, ce n’est plus le cas aujourd’hui et on a notamment pu le constater avec les difficultés liées au vaccin pendant la crise sanitaire. Cependant, cette industrie a la capacité d’inverser la tendance si on lui accorde l’attention qu’elle mérite ».

Et si la Covid-19 a perturbé les flux logistiques et l’activité au niveau mondial, elle a néanmoins permis à la société d’accélérer son ascension en même temps que l’éducation des marchés à sa proposition de valeur. « Du jour au lendemain, les acteurs de la santé ont eu des besoins énormes sur tout ce qui concernait les technologies à base d’ADN. Ça a cristallisé notre vision et notre position sur le secteur ». Les avantages de l’innovation proposée par DNA Script ont bénéficié d’une mise en pratique forte portée par le contexte, soumis à l’immédiateté des besoins en ADN, et à leur présence française. Les fondateurs de l’entreprise n’ont néanmoins pas attendu la crise pour convaincre les investisseurs et avancer dans l’industrialisation de leur solution. « Nous avons commencé à transformer la technologie en produit fin 2018 et DNA Script est une société commerciale depuis l’été 2021. Nous sommes la seule entreprise commerciale qui à développer une technologie de synthèse enzymatique d’ADN ». Une avancée fulgurante, qui n’a pourtant pas été « un long fleuve tranquille ».

Du développement de la technologie à sa commercialisation

« Il n’est pas aisé de développer une entreprise industrielle en France lorsque l’on veut commercialiser de vrais produits tangibles. Ce n’est pas la même chose que pour des entreprises proposant du software, il y a un autre degré de difficultés », regrette Thomas Ybert. Les cofondateurs ont notamment été confrontés aux problématiques liées, entre autres, aux financements industriels. Faire ses démarches au niveau local, puis national, trouver les bons interlocuteurs ou dispositifs… « Il y avait beaucoup de volonté de la part des différents acteurs, mais peu de choses pratiques en place ». Une situation amenée à changer avec France 2030 et le Plan Startups et PME Industrielles opéré par Bpifrance, et qui n’a pas changé la volonté des trois cofondateurs d’évoluer en France. Bien qu’elle possède une filiale et des laboratoires en Californie où sont basées une partie des activités de développement et de commercialisation, et malgré diverses propositions d’implantation ailleurs que dans l’Hexagone, le drapeau bleu-blanc-rouge continue de flotter au-dessus de la biotech. « Toutes nos activités d’innovation et de R&D sont situées en France. Ça compte énormément pour moi, notamment parce que je pense que c’est mieux pour l’entreprise et son développement. » Un emplacement bénéfique, donc, pour la société, mais qui manque encore de talents liés à son activité.

« Aujourd’hui, nous sommes 150 et 20 nationalités différentes travaillent de concert. Avec notre forte croissance, nous avons pour ambition de doubler la taille de l’entreprise à la fin de l’année », espère Thomas Ybert. Les profils scientifiques et industriels ont la priorité mais sont difficiles d’accès car très demandés. Aussi, si les fondateurs misent sur l’attractivité de la France pour tirer leur épingle du jeu et attirer des talents étrangers, il semble difficile de trouver des profils aux compétences spécifiquement adaptées à l’activité de DNA Script. D’après Thomas Ybert, « il y a des déficits, soit parce que les filières sont en tension, soit parce que le secteur qui nous concerne existe depuis peu d’années et que les gens ne sont pas encore vraiment informés de son existence ». Si sa technologie est aujourd’hui utilisée au quotidien chez divers acteurs tels que les sociétés biopharmaceutiques, les centres de recherche, sociétés de séquençage clinique et de biologie synthétique, et autres sociétés de biotechnologie, l’entreprise ambitionne aujourd’hui de développer de nouveaux produits. DNA Script est en parallèle investie dans plusieurs initiatives financées par des agences d’état à travers des consortiums, pour faire avancer plusieurs aspects de son secteur. En tête, la lutte contre les pandémies, le stockage de données ADN et autres projets permettant aux régions comme l’Europe ou à des groupements d’intérêt de faire avancer les choses dans les domaines de la biologie synthétique.