Fondée en 2016, Wasterial a fait du recyclage de déchets industriels le cœur de son activité. Dirigée par Espérance Fenzy, l’entreprise souhaite, à son niveau, apporter sa pierre à l’édifice de la transition écologique.

Convaincu que la production industrielle a les moyens de faire rimer durable et beau, Espérance Fenzy fait du recyclage un combat pour le futur. S’il souhaite amorcer une prise de conscience quant à l’étendue des possibilités offertes par le recyclage et la nécessité de passer à une économie circulaire, il s’engage à accompagner ceux qui le désirent dans la réinvention de leur chaine de production.  « Par essence il n’y a pas de déchets dans la nature. L’écosystème trouve toujours un moyen de transformer le déchet en ressource. Mon défi aujourd’hui est de faire du Wasterial le support de cette nouvelle ressource. »

Le recyclage, une nouvelle étape de la chaine de production

A la fois marque et matière, Wasterial est une entreprise née d’un constat alarmant : la France génère chaque année 14 tonnes de déchets par habitant, dont 72% sont imputables aux activités de déconstruction et au secteur du BTP (chiffres de 2016). L’enjeu de la dépollution et de la décarbonisation se joue alors sur le terrain industriel. Avec pour objectif de réduire drastiquement la quantité de déchets émise par le secteur industriel, et après différents investissements en R&D, Espérance Fenzy et ses équipes ont développé le Wasterial, une matière produite à minima de 75% de déchets recyclés. « Aujourd’hui le schéma classique veut que l’industrie produise à partir de matières premières. Nous proposons de récupérer les déchets industriels, de les transformer en matière première secondaire – aussi appelée matière exploitable -, nécessaire à la production. »

En pratique, les industriels sollicitent Wasterial afin de trouver une solution à leurs déchets. Deux possibilités sont alors envisagées. La première, recycler ces déchets en une matière pouvant directement être réinsérée dans le processus de production. La valeur ajoutée est alors maximale et le concept d’économie circulaire prend tout son sens. La seconde, générer d’autres applications à partir du déchet, utiles à d’autres industries. « En regardant le catalogue de nos clients, nous sommes très rapidement en mesure de leur indiquer si oui ou non leurs produits peuvent être fabriqués en Wasterial. Ils ont alors la possibilité d’étoffer leur gamme de produits écoresponsables. ». La majeure partie du temps, Espérance Fenzy traite avec des industriels ayant la conviction profonde qu’il est nécessaire d’amorcer une démarche plus verte au sein de leur chaine de production. « On ne fait pas d’évangélisation. Le recyclage n’est pas une pratique difficile à mettre en place, il faut simplement le vouloir. » Chaque jour, le site de production de l’entreprise transforme 2 tonnes de déchets. L’objectif est d’atteindre 25 tonnes par jour d’ici à 2025.

La question du sens et l’importance du beau

Si le recyclage est une réponse indispensable aux enjeux environnementaux actuels, il est aussi un moyen de mieux s’approprier son environnement. C’est en tout cas ce que défend Espérance Fenzy pour qui « le déchet est une ressource, la nuance une richesse et l’aspérité une singularité ». Le Wasterial permet, à travers la matière, d’envisager un lien imaginaire avec le produit et son histoire ; ce qui le rend d’autant plus beau. « En 2018, on a eu l’idée de fabriquer des pots à bougie et du carrelage à partir des coquilles de moules récupérées à la Braderie de Lille. Ça a été fou, dès la semaine suivante les gens ont passé commande sans savoir à quoi allaient ressembler ces produits. Je suis convaincu que l’intérêt est venu de l’histoire du produit. »

Au même titre que la tendance de la seconde main, le déchet a lui aussi un message à transmettre. Il est porteur de sens et crée du lien. « Récemment, nous avons travaillé pour le compte d’une grande maison de luxe. Le but était de rendre les artisans fiers de leur travail. Pour ça, on a eu l’idée de fabriquer du carrelage à partir de leurs rebuts de porcelaine. Le sentiment de reconnaissance de la part des artisans a été immédiat. »

S’il reste beaucoup à faire avec le recyclage, le secteur industriel est en bonne voie « Là où il y a des humains, il y a des déchets et donc des débouchés ». Concernant Wasterial, Espérance Fenzy n’a pas pour but d’avoir un site de production central mais d’essaimer localement à l’échelle mondiale. Il cherche d’abord à changer les mentalités au niveau local, et reste confiant à cet égard : « l’éducation vis-à-vis de l’écologie se développe énormément, les jeunes sont de plus en plus sensibilisés aux questions environnementales. Les choses vont dans le bon sens. »