Revenir à la propulsion par le vent c’est le pari d’AYRO, une entreprise industrielle qui conçoit et produit des voiles 4.0 pour décarboner le secteur maritime. Romain Grandsart, directeur business development de l’entreprise, nous raconte la naissance et l’industrialisation d’AYRO.

Dès le XVe siècle la voile est utilisée dans le commerce maritime. Elle est ensuite remplacée par la propulsion au charbon en 1807, qui sera elle-même détrônée, au début du XIXe siècle, par les premiers moteurs. Des moteurs responsables aujourd’hui, dans le secteur maritime, de 3 à 4 % des émissions de CO2 mondiales*. A l’heure où le climat est l’un des enjeux majeurs de notre société, AYRO a entrepris un voyage dans le passé comme dans le futur en faisant renaître la propulsion vélique avec ses ailes rigides Oceanwings®.

Comment est née AYRO ? 

En 2010, le trimaran USA 17 de l’équipe BMW Oracle Racing a remporté la Coupe de l’America. Derrière cette victoire, il y a l’innovation de Marc Van Peteghem, cofondateur du cabinet VPLP, et de Mike Drummond, directeur de l’équipe architecturale du bateau : une aile rigide de 72 mètres. Suite à la victoire de l’équipe et, par ricochet, de la technologie employée, Marc Van Peteghem a voulu aller plus loin. Il s’est notamment concentré sur l’idée que cette innovation pouvait avoir un impact vertueux sur l’environnement et participer à la décarbonation du transport maritime. Après plusieurs années de R&D, en 2018, le concept Oceanwings® et la société AYRO sont nés.

Pourquoi le retour de l’utilisation de la voile dans le transport maritime est-il croissant aujourd’hui ?

Il y a, dans un premier temps, un enjeu contextuel. En effet, la conscience environnementale grandit de jour en jour. L’augmentation des règlementations mises en place par l’Organisation Maritime Internationale (OMI) reflète ce changement de paradigme. S’ajoute à cela le poids des consommateurs finaux. Aujourd’hui nos clients souhaitent avoir l’impact environnemental le plus neutre possible, et cela pousse les acteurs du transport maritime à faire attention.

Aussi, ce retour n’aurait pas été possible sans les progrès technologiques. Aujourd’hui, les capacités de simulation nous permettent notamment d’avoir des modèles numériques et d’éviter de faire toute une batterie de tests extrêmement couteux. L’analyse de la data, l’automatisation, le machine learning… Tous ces moyens nous permettent de concevoir et de produire des innovations de rupture en phase avec les contraintes économiques et les coûts visés par les acteurs du secteur et les industriels.

De quelle façon AYRO agit de façon concrète dans la décarbonation du secteur maritime ?

AYRO se concentre sur le transport de marchandises par les navires de commerce. Avec nos Oceanwings®, nous utilisons le vent de manière mécanique. Cette énergie verte est disponible sur l’ensemble des mers du monde. L’idée de la propulsion vélique est aussi d’utiliser cette énergie sans avoir besoin de la convertir, nous ne sommes pas sur de l’éolien classique qui consiste à transformer le vent en énergie. Certes, cela ne répondra pas à tous les enjeux de la pollution de la marine marchande mais, je l’espère, cela nous permettra de mettre notre pierre à l’édifice du défi de la décarbonation. L’aspect économique n’est également pas négligeable puisqu’installer ce type d’aile sur un navire permet de faire des économies en termes de carburant.

Vous avez ouvert une usine à Caen, où en est l’industrialisation de votre concept ?

AYRO a été lancée pour développer, au sein de VPLP, un concept innovant qui fonctionne et qui répond aux besoins de l’écosystème de la marine marchande. Un premier prototype a été conçu sur un trimaran de 8 mètres de long, suivi d’un démonstrateur industriel à bord du catamaran Energy Observer. Nous avons ensuite avancé progressivement pour l’industrialiser. Notre usine à Caen a été ouverte en janvier 2022  et permettra la fabrication des ailes pour le projet Canopée, un navire destiné à transporter les composants des lanceurs d’Ariane 6. Nous avons en effet pour mission de livrer 4 Oceanwings® de 363 mètres carrés pour équiper ce navire de 121m de long. Aujourd’hui l’ingénierie et le design sont en phase de finalisation.

L’assemblage des premières ailes devrait démarrer avant la fin du premier semestre. C’est un challenge technologique, quelque chose qui n’a jamais été fait auparavant, et toutes nos équipes sont en constante coordination pour mener à bien ce défi.

En tant que startup industrielle comment vous positionnez vous par rapport à la stratégie du gouvernement, qui met notamment l’accent sur les innovations de rupture ?

Cela nous conforte dans notre projet d’une part, et d’autre part, cela nous donne une plus grande visibilité. Ça attire l’attention sur le fait que des initiatives comme les nôtres sont pertinentes pour l’industrie, pour l’environnement et pour la création d’emplois. Pour nous c’est également un atout en termes de financement. Il est appréciable de savoir que l’on peut obtenir un support dans le cadre de notre développement. L’enjeu maintenant est de faire des technologies à échelle industrielle qui soient commercialisables. Le gouvernement représente un élément clé pour l’industrie dans les années à venir.

Quels sont vos projets pour la suite ?

Nous avons de nombreux échanges avec les grands acteurs du marché. Nous travaillons au développement de navires décarbonés, dont par exemple le Trade Wings 2500 qui a obtenu une certification du Bureau Veritas, une société de certification. Le projet Energy Observer 2 a été annoncé en février. Il s’agira d’un navire de 120m de long zéro émission avec une propulsion hybride composée d’hydrogène et de 4 ailes Oceanwings.

D’autres projets , sur lesquels nous n’avons pas encore communiqué, sont également en cours.

*étude de l’Organisation Maritime Internationale (OMI) parue en 2021 sur les émissions de gaz à effet de serre