Lorsque leur ancien employeur décide de délocaliser sa production, Béatrice, Christelle et Didier ne conçoivent pas d’abandonner le savoir-faire textile de leur territoire. Ils décident de s’associer, créent indiscrète, leur marque de lingerie, et embauchent leurs anciens collègues. 

Béatrice Mongella a toujours travaillé dans la corseterie-lingerie mais ne s’était jamais imaginée cheffe d’entreprise. Après plus de 10 ans passés chez Aubade en tant que responsable des méthodes, l’entreprise est rachetée par un groupe d’investisseurs qui décide de délocaliser sa production au Maroc et en Chine. « En tant que cadres, on nous a proposé à Christelle, Didier et moi des postes à Paris, mais on n’y croyait plus » raconte Béatrice.

Créer son entreprise : le choix du cœur… à plusieurs 

Tous les trois passionnés par leur métier, ils quittent le navire en voulant à tout prix sauver leur savoir-faire textile et ses emplois. Ça ne fait pourtant pas rêver Béatrice de devenir cheffe d’entreprise, mais Didier et ses envies d’entreprendre parviennent à la convaincre grâce au côté humain et collectif de l’aventure. Les trois co-dirigeants fondent indiscrète en 2010 à Chauvigny (86).

En quelques années, indiscrète passe de 5 à 39 salariés, surtout des anciens d’Aubade. Mais le travail que ces anciens opéraient dans les usines est différent dans leur nouvelle entreprise. indiscrète abandonne la méthode industrielle d’opération unique : chaque couturière est désormais formée au montage complet d’un produit, du début à la fin. « C’est important pour nous de responsabiliser et valoriser l’opératrice tout en lui permettant d’être plus polyvalente » explique Béatrice.

Tenir bon pour les autres

Le lancement d’indiscrète n’est pas un long fleuve tranquille et les épreuves se succèdent. « Au début, nos produits étaient uniquement disponibles en vente à domicile, mais c’était une erreur de stratégie. On a ensuite commencé le travail à façon, en proposant à des créateurs de fabriquer leurs produits de manière 100 % française. On a aussi commencé la lingerie adaptée sur initiative de l’une de nos couturières concernées par une ablation du sein » se souvient Béatrice. Malgré les efforts de l’entreprise, les résultats ne sont pas au rendez-vous : la trésorerie peine à se maintenir, les banques ne suivent pas, indiscrète est placée en redressement judiciaire en 2018.

« Il y a deux solutions pour sortir d’un cycle infernal : on arrête tout ou on s’accroche ». Béatrice et Christelle, contraintes de continuer l’aventure seules, décident de s’accrocher, pour leur personnel et leurs familles. Un élan de solidarité, notamment médiatique, leur permet alors de remplir leur carnet de commandes et de remettre leur trésorerie à flot. Michel Gouzon, nouvel actionnaire majoritaire, arrive chez indiscrète et un plan de continuation est acté en janvier 2019 : l’histoire peut continuer.

Une page se tourne en juillet 2021 avec la sortie du plan de continuation, suivie d’embauches et de nouvelles perspectives de vente, comme une bouffée d’oxygène. Malgré la pression et la fatigue, Béatrice est toujours animée par sa passion et l’énergie collective qui porte d’indiscrète : « On a continué à se battre pour ne pas faire vivre ce qu’on nous a fait vivre. L’humain est à l’origine même de cette entreprise ».