Créée il y a 3 ans, la startup Néolithe cherche à conquérir les entreprises du Coq Bleu en leur permettant de transformer leurs déchets en granulats pour le BTP. Jeune mais bien ancrée et dans le marché des alternatives vertes, et dans les enjeux de la nouvelle industrie, la jeune pousse angevine grandit à vive allure.

Bien qu’elle soit aujourd’hui portée par les deux jeunes ingénieurs Clément Bénassy (directeur général) et Nicolas Cruaud (président), c’est dans la tête du père de ce dernier qu’est né le concept de l’entreprise localisée à Chalonnes-sur-Loire. Tailleur de pierres avant de rejoindre l’aventure Néolithe, c’est en travaillant le tuffeau, pierre calcaire composant notamment les châteaux de la Loire, que William Cruaud a eu l’idée de la fossilisation des déchets. L’artisan, déjà récompensé pour avoir inventé un béton innovant, a transmis à son fils son concept pour mieux diriger aujourd’hui le bureau R&D de la startup. En phase avec les enjeux économiques et écologiques de l’industrie française, l’idée a fait son chemin et voit aujourd’hui ses bénéfices de plus en plus sollicités par les entreprises du Coq Bleu.

Un concept en phase avec les enjeux de la cible industrielle

« Il suffit de prendre le mélange de déchets (mix de plastiques, bois, cartons…), de le broyer jusqu’à en faire une poudre très fine, et de lier ces particules avec un ciment que nous avons créé pour en faire une sorte de pâte à modeler. Il faut enfin mettre en forme cette matière par extrusion sous forme de petits blocs », vulgarise Nicolas Cruaud. Réduction, liaison, extrusion, telles sont les étapes opérées par les fossilisateurs bientôt commercialisés par Néolithe. Un procédé initialement proposé aux collectivités avant de l’être auprès des industriels. « Le marché des collectivités n’est pas le plus simple à obtenir puisqu’il fonctionne avec des appels d’offres dédiés à de gros volumes. Lorsqu’on s’est rendu compte que les déchets des industriels, notamment issus de la construction, pouvaient nous amener de plus petits contrats, passés en direct et en privé, nous nous sommes tournés vers cette nouvelle cible », explique le président de l’entreprise (qui précise néanmoins avoir finalement renoué avec le premier marché visé). Et malgré ses trois ans d’existence, il l’affirme, Néolithe a pu constater une accélération des besoins des entreprises de La French Fab.

Portés par la transition écologique et énergétique, les industriels ont commencé à prendre des initiatives. C’est en tout cas ce que constatent Nicolas Cruaud et son équipe, qui ont vu l’intérêt de cette nouvelle cible grandir. « En 3 ans, il y a eu du mouvement. Les industriels se sont intéressés à la gestion des déchets avant même qu’on leur expose nos procédés. Nous avons pu constater que nombre d’entre eux recherchaient activement une solution à cette problématique ». Une multiplication des demandes amenée grâce à la prise de conscience de certains, donc, mais également à l’avancée concrète du projet de Néolithe. « Au début, expliquer notre concept était un peu compliqué car très théorique. Sans exemple matériel, il était difficile d’attirer les cibles pragmatiques que sont les industriels. ». Le premier démonstrateur de la startup mis en route à Chalonnes-sur-Loire, les promesses ont pris forme.

Des bénéfices écologiques et économiques

En proposant une alternative à l’enfouissement et à l’incinération, Néolithe promet à ses clients une valorisation à 100% de tous leurs déchets, soit une empreinte carbone 5 fois moins élevée que celle laissée par les traitements actuels. Aussi, Nicolas Cruaud ne le nie pas, la promesse économique est de celles qui attirent l’œil des industriels. « Certaines entreprises, moins intéressées par l’environnement, capitalisent sur nos fossilisateurs pour leur avantage économique et stratégique », explique-t-il. Economique, car il consiste en l’achat d’un équipement supprimant ainsi les coûts élevés liés aux autres alternatives, stratégique parce que l’utilisation d’un fossilisateur implique un traitement des déchets en toute autonomie, sans dépendance au monopole des « grands du secteur ».

Si la startup occupe aujourd’hui près de 2 500m² de locaux à Chalonnes, elle s’apprête à devenir grande. Une usine devrait sortir de terre à horizon 2023 pour commencer à industrialiser ses fossilisateurs. « Ce site s’étendra sur 5 000m² et sera exclusivement destiné à la production de nos unités de traitement. Il devrait nous permettre de produire à peu près 50 fossilisateurs par an. », résume Nicolas Cruaud. Un fossilisateur coûtant un peu plus d’un million d’euros, l’entreprise mise sur cette première étape dans son déploiement industriel pour faire grimper son chiffre d’affaires. Néolithe ne compte pas s’arrêter là, puisque sa direction envisage de créer une « manufacture des fossilisateurs » dès 2026. Une ambition qui implique une implantation sur 11 hectares de terrain, la production de 250 fossilisateurs par an, et l’embauche de près de 500 personnes. Un ensemble de projets soutenu par des levées de fonds, mais également par des aides de l’ADEME, de la région Pays- de la Loire et par le département du Maine-et-Loire.