Dans la Sarthe, la PME Odyssée Environnement crée des solutions pour que l’utilisation de l’eau dans les réseaux industriels ne se fasse pas au détriment de sa préservation. Sa dernière innovation est un anti-tartre unique au monde à base de plantes. 

Sujet inconnu du grand public, l’entartrage des réseaux industriels forme pourtant un vaste enjeu économique et environnemental. Un seul millimètre de tartre dans les tuyaux de ces réseaux hydrauliques peut faire grimper de 7,5 % la consommation énergétique d’une usine. L’entartrage des réseaux industriels coûterait 27 milliards de dollars par an à l’économie mondiale.

L’usage hydraulique industriel est ancré dans les problématiques environnementales puisqu’il mobilise près de 20% de l’eau prélevée dans le monde et que les différents réseaux industriels impliquent d’ajuster certaines de leurs caractéristiques naturelles – telles que leurs propriétés entartrantes, corrosives ou encore leurs charges bactériologiques -. « Le problème, c’est que les traitements classiques se composent de ressources pétrolières ou minières limitées et dont l’extraction et le rejet sont très polluants, explique Fabrice Chaussec, fondateur et actuel responsable R&D d’Odyssée Environnement. Or, ce que l’on injecte dans un réseau se retrouve tôt ou tard dans la nature, c’est pourquoi il est urgent de proposer des alternatives ».

Des calculs rénaux à l’entartrage des réseaux

La PME, basée à Requeil dans la Sarthe, a trouvé la parade grâce aux plantes. Tout est parti de l’intuition d’une doctorante, convaincue que les vertus des tisanes contre les calculs rénaux pouvaient aussi agir sur les réseaux d’eaux industrielles… pour peu qu’on adapte les dosages. « Son université nous a contactés en 2007 en pensant que cela pouvait nous intéresser, raconte le dirigeant. Or Odyssée Environnement a justement été créé dans l’objectif de proposer des solutions de traitement de l’eau qui concilient performances industrielles et protection de l’environnement. Nous avions la conviction qu’une performance « hydro-éthique » était possible et nous avions raison ! ».

La PME a alors intégré la doctorante dans ses équipes afin de confirmer les propriétés anti-tartre de la plante analysée (les plantes n’étant pas brevetables, son nom est tenu secret NDLR). Dix ans de recherches ont plus tard abouti à un actif anti-tartre 100% biosourcé, nommé Odylife. Pour y parvenir, l’entreprise a également pu compter sur l’appui de l’Agence de la transition écologique (Ademe) et du ministère de la Transition écologique et solidaire.

« Il a fallu notamment nous poser la question de la culture de cette plante, mais aussi de tous les paramètres de l’industrialisation. De par notre mission d’entreprise, qui est d’agir pour une performance éthique de l’eau, nous voulions une solution qui soit vertueuse depuis sa production jusqu’à son déploiement sur site. Nous y sommes arrivés, car l’Analyse du cycle de vie (ACV) conclut que l’actif biosourcé possède 85 % moins d’impact sur l’environnement qu’une solution classique », se réjouit Fabrice Chaussec.

« Nous sommes des précurseurs »

Aujourd’hui, Odylife s’adresse aux installations industrielles où la température de l’eau ne dépasse pas 120 °C. La PME sarthoise l’intègre désormais dans ses formules complètes comprenant aussi des actifs anti-corrosion et bio-dispersant. L’une des ambitions de l’entreprise est d’être capable de proposer un jour une formule complète 100 % biosourcée.

« Nous sommes des précurseurs, peu de monde pensait que l’on pouvait se passer des molécules pétrochimiques conventionnelles dans ce domaine. Nous avons montré qu’une performance éthique de l’eau industrielle était une alternative accessible », estime le fondateur.

En attendant, la PME passe à la vitesse supérieure sur la commercialisation de son nouveau produit. Labellisé par la Fondation Solar Impulse, soutenu par le programme Bpifrance Excellence, mais aussi par La French Fab et le Coq Vert, il a tout pour se faire un nom.