250 000. C’est en moyenne le nombre de postes à pourvoir dans l’industrie chaque année. Un nombre que les candidats peinent à satisfaire, faisant du recrutement et de l’attractivité deux enjeux phares des entreprises du Coq Bleu. A l’occasion de la Semaine de l’Industrie, dont l’un des objectifs est de faire découvrir aux jeunes et demandeurs d’emploi les métiers et transformations s’opérant dans le secteur, La French Fab a dressé un état des lieux du recrutement et de la formation dans l’industrie avec David Derré, directeur emploi-formation à l’UIMM.

D’une façon générale, comment se porte le recrutement dans l’industrie ?

Avant la crise sanitaire, le ministère chargé de l’Industrie communiquait sur 50 000 offres d’emplois non pourvues faute de candidat. En 2021, ce sont 70 000 offres au global, dont environ 25 000 pour la seule branche de la métallurgie. Ces chiffres viennent corroborer les résultats de l’enquête « Besoin de Main d’Œuvre » (BMO) de Pôle Emploi, qui interroge chaque année les entreprises pour connaître leurs besoins et intentions en matière de recrutement. Cette année, pour certains métiers de nos métiers, les taux de tension du top 20 des métiers qui peinent à recruter oscillent entre 60 et 100 % : les ouvriers de transformation des métaux, les ingénieurs et cadres d’étude, les usineurs, les techniciens de maintenance, mais aussi les soudeurs et les chaudronniers ou encore les ingénieurs en informatique.

Comment expliquer ces difficultés de l’industrie à recruter ?

Globalement, et ce n’est pas seulement lié à l’industrie, les métiers techniques n’ont pas une bonne image en France. En parallèle, l’industrie est encore trop souvent associée à des conditions de travail difficiles, alors que la modernisation des entreprises est à l’œuvre depuis longtemps et permet aux salariés de se concentrer sur les activités à valeur ajoutée. Aujourd’hui, il est également important de noter que les rémunérations dans l’industrie sont de 13 à 15% supérieurs à la moyenne des salaires du marché.

Enfin, l’industrie souffre de 20 ans de désindustrialisation. On ne cesse d’en parler alors que paradoxalement, beaucoup d’entreprises continuent à se développer. Il y a à la fois une érosion de l’industrie, et à la fois des secteurs nouveaux qui apparaissent et donc des métiers qui s’ouvrent. L’usine 4.0 devient progressivement une réalité !

Quelles actions faut-il mener pour casser ces idées reçues ?

Il faut aussi mieux communiquer sur le fait que l’industrie apporte des solutions en termes de transition énergétique, de dépollution, de transition numérique, mais aussi sur des sujets plus sociaux telles que la diversité, l’inclusion ou encore la mixité. En pleine crise sanitaire, les gens s’interrogent de plus en plus sur le sens de leur métier. Tout cela participe à leur réflexion.

Où en est-on sur la thématique de la mixité dans l’industrie ? 

Comme dans d’autres secteurs, la mixité est un atout pour la créativité, la diversité des compétences et la performance des équipes. Nous ne pouvons plus nous satisfaire de compter 20% de femmes parmi les 1,6 million de salariés que compte la métallurgie. Il faut continuer à marteler le message, à expliquer que tous nos métiers sont accessibles aux femmes dans aucune difficulté. Il faut mettre en avant les environnements et les conditions de travail, mais également le salaire et la capacité à s’épanouir dans un métier qui a du sens

Qu’en est-il de la formation dans le monde de l’industrie pour les jeunes ? 

S’il existe plusieurs voies pour se former aux métiers de l’industrie, nous avons toujours considéré l’apprentissage comme étant « La » priorité pour la formation des jeunes. C’est une voie d’excellence pour se former aux métiers et accéder à l’emploi dans l’industrie ; une voie de formation ouverte à tous les niveaux, du CAP au diplôme d’ingénieur et qui correspond à tous les besoins d’une entreprise.

Notre ambition est d’augmenter de 50% le nombre d’alternants au sein des entreprises de la branche d’ici à 2024, soit de de 50 000 apprentis et contrats de professionnalisation à 75 000.

Par ailleurs, l’UIMM va renouveler sa convention avec le ministère de l’Education nationale, le ministère de l’Enseignement supérieur et le ministère chargé de l’industrie pour réactiver et dynamiser nos partenariats, en particulier sur des axes liés à la promotion des métiers, à la professionnalisation des formations scolaires et la voie de l’apprentissage.

Quelles sont les différentes options à mettre en avant auprès des entreprises ?

Il est clair qu’aujourd’hui, les entreprises ont tout intérêt à ne négliger aucun vivier de recrutement. La diversité des leviers est primordiale afin qu’à chaque offre de recrutement de l’entreprise, on puisse avoir au moins un candidat. Ceci passe par le scolaire avec le bac pro, le CAP ou le BTS, mais aussi par l’enseignement supérieur avec les ingénieurs, bachelor, licences ou masters professionnels. Il ne faut pas non plus négliger les demandeurs d’emploi. Beaucoup de jeunes ou moins jeunes sont aussi en recherche d’emploi, d’orientation professionnelle, de réorientation ou de reconversion. Il faut être capable d’attirer tous ces viviers pour leur donner une perspective d’insertion professionnelle par l’emploi. Enfin, l’intérim ou le travail temporaire peuvent également être des tremplins pour un certain nombre de personnes. Aujourd’hui, la priorité pour les entreprises, c’est de trouver des candidats motivés pour ensuite les former.