Concepteur et fabricant de moteurs destinés à la compétition automobile depuis 1973, Pipo Moteurs a engrangé d’importants succès, notamment en rallye. Cette année, la PME ardéchoise a fait le pari fou de participer aux 24h du Mans. Une première réussie qui en appelle d’autres et conforte l’entreprise dans sa recherche permanente d’innovation, comme l’explique son président, Frédéric Barozier.

Peugeot, Ford, Bentley, Hyundai… Nombreux ont été les partenariats fructueux pour Pipo Moteurs depuis 1973. Le groupe installé à Guilherand-Granges en Ardèche a mis son savoir-faire au service de constructeurs de renom, tout en restant dans leur ombre. « On n’avait pas le droit de communiquer sur nos collaborations. Pendant très longtemps, seules les personnes présentes lors des courses ou les grands passionnés pouvaient reconnaitre notre travail », décrit son directeur général, Frédéric Barozier. Un palmarès très impressionnant pour une PME dont l’effectif ne dépasse pas vingt salariés, tous portés par une passion commune.

Qu’il s’agisse de voitures de rallye ou de tourisme, l’entreprise est toujours parvenue à respecter le cahier des charges des constructeurs, appréhendant parfaitement les innovations et nouveautés technologiques du secteur à l’image de l’impression 3D. « On utilise la fabrication additive depuis plusieurs années. Nous avons commencé par des pièces soumises à haute température, utilisé des pièces en aluminium pour la circulation d’eau et d’huile et plus récemment, fabriqué des pièces en polymère pour le faisceau électrique et le système de refroidissement » poursuit-il.

De probants résultats qui ont poussé la structure ardéchoise à développer son propre moteur, dès 2016 : « Notre expérience et toutes ces années de procédure nous ont permis de dessiner un moteur en interne, de le faire tourner, de le livrer et de le stabiliser très rapidement, dès 2017 ». Un moteur de quatre cylindres utilisé en rallye cross qui s’est ensuite transformé en huit cylindres au moment d’aborder une nouvelle aventure passionnante.

L’incroyable aventure du Mans

L’histoire ressemble à s’y méprendre à un conte de fées. En décembre 2019, après avoir vu le film Le Mans 66 au cinéma, Frédéric Barozier imagine Pipo Moteurs participer à cette course mythique. Quelques jours plus tard, le groupe italien Podium Advanced Technologies – responsable technique de l’écurie américaine Scuderia Cameron Glickenhaus – sonde la PME française concernant un moteur V8 bi-turbo compresseur pour équiper une Hypercar. En concurrence avec d’autres motoristes expérimentés en endurance, Pipo Moteurs convainc son client d’abandonner l’idée de modifier un moteur de série et se lance dans la conception.

A l’aide de ses sous-traitants basés dans la région Auvergne-Rhône-Alpes, l’entreprise maîtrise tous les procédés d’usinage et d’approvisionnement pour mener à bien ce projet. Une création made in France qui n’a pas été ralentie par la crise sanitaire. « Nos fournisseurs sont à la pointe en matière de machines de fabrication et puisqu’ils sont proches, nous avons pu continuer à organiser des réunions, il n’y a pas eu de chômage technique » détaille le directeur général. Dessiné au début du mois de février 2020, le moteur a été livré en fin d’année. Une véritable prouesse pour une entreprise partie d’une page blanche et qui n’avait pas la moindre expérience dans cette discipline.

Testés et approuvés, les V8 ont été installés dans les deux Hypercars de Glickenhaus, qui a beaucoup communiqué sur son partenariat avec le motoriste français. Une notoriété nouvelle et des attentes importantes pour Pipo Moteurs, qui peut se targuer d’avoir obtenu des résultats remarquables lors de cette édition 2021 des 24h du Mans, courue fin août. « Nos deux voitures ont passé la ligne d’arrivée en 4ème et 5ème position, au pied du podium. C’est un bel exploit, il n’est pas rare que les motoristes ne terminent pas la course lors de leurs premières années de participation » apprécie Frédéric Barozier.

Imaginer les moteurs de demain

Cette première expérience réussie et reconnue va aider la PME à se lancer dans de nouvelles aventures. Participer aux 100 ans des 24h du Mans en 2023 face à des constructeurs mythiques comme Porsche, Ferrari ou encore Audi est un très gros challenge. Mais les ambitions de Pipo Moteurs ne s’arrêtent pas aux courses. Il s’agit aussi de travailler sur de nouveaux moteurs afin d’allier savoir-faire et innovation : « L’industrie automobile est en pleine mutation. Si l’électrique n’est pas notre cœur de métier, on a commencé à travailler sur les nouveaux carburants en 2019. On a collaboré avec un pétrolier pour développer un moteur alimenté par de l’hydrocarbure de synthèse et de l’éthanol. Désormais, on se tourne vers l’hydrogène ».

Le groupe entend continuer de s’adapter aux demandes du marché tout en anticipant l’avenir. L’idée d’alimenter un moteur à combustion à l’hydrogène plutôt que d’utiliser une pile à combustible est assez osée. Reste à savoir si cette nouvelle technologie peut s’adapter aux exigences du sport automobile. L’entreprise Pipo Moteurs ne semble pas douter de sa capacité à relever ce nouveau défi. « On monte le projet et on cherche des partenaires. On est au stade du prototype mais nos interlocuteurs sont intéressés et motivés pour partager leurs idées et leurs technologies. On sera efficace rapidement » conclut Frédéric Barozier. En attendant, bénéficiaire de France Relance, le groupe continue son développement avec pour projet l’industrialisation d’un moteur de compétition qui soit multidisciplinaire, compatible biocarburant, fabriqué en France à des coûts maîtrisés grâce à une industrialisation en petites séries.