La renaissance inattendue du vinyle redonne ses couleurs au presseur mayennais Moulages Plastiques de l’Ouest (MPO). Aujourd’hui 3ème presseur mondial de galettes vinyles, son savoir-faire historique lui permet de répondre rapidement à un retour en tendance mondial directement sollicité par les consommateurs mélomanes.  

Créée en 1957, l’entreprise de 500 salariés conservait jusqu’alors son atelier vinyle pour répondre aux commandes de quelques fans sentimentaux. Ces dernières années, raison et sentiments s’accordent sur la mélodie d’MPO, jouant crescendo dans le monde entier. De nouveaux contrats sont signés, des embauches sont prévues et un plan d’investissements industriels de 10 millions d’euros vient d’être voté : le presseur mayennais joue sa nouvelle partition sans fausse note.  

Un savoir-faire historique qui revient de loin 

L’âge d’or du vinyle ne coïncide paradoxalement pas avec celui d’MPO, comme le raconte son président Alban Pingeot : « Le vinyle est l’activité historique du groupe à sa création en 1957, mais c’est grâce à l’arrivée du disque optique en 1984 que l’entreprise a vécu ses années les plus prolifiques. On avait à l’époque une dizaine d’usines partout dans le monde. » Mort (apparente) du vinyle, arrivée de la cassette, du CD, du CD-ROM, du DVD : le presseur s’adapte aux évolutions du marché mais conserve son atelier vinyle d’une trentaine de personnes.

En 2012, l’entreprise mayennaise se diversifie en packaging, convaincue que le support physique ne pourra survivre face au digital que bien emballé, grâce à de belles éditions « prestige ». Malgré l’arrivée à grande vitesse du streaming, les équipes d’MPO sont persuadées que l’émotion ne se dématérialisera jamais complètement : « Les consommateurs ne vont plus acheter le produit pour sa fonction première (écouter de la musique ou regarder un film) mais pour l’objet, pour faire un cadeau, parce qu’ils sont fans ou parce qu’ils sont nostalgiques. » explique Alban Pingeot.

Les fans donnent le “la”, la loi du marché s’en arrange 

La digitalisation porte un gros coup à l’activité de l’entreprise, qui traverse une période difficile de restructurations et de fermetures d’usines de 2013 à 2015. Mais c’était sans compter sur la charge affective du vinyle et le rebond de son marché. Le presseur mayennais exporte 90% de sa production de vinyles vers les Etats-Unis et c’est outre-Atlantique que sa renaissance a naturellement débuté : « En 2012, on a senti que le vinyle repartait avec notre agent américain, on s’est dit que quelque chose était en train de se passer ».  A l’époque, les majors (Universal Music, Sony Music et Warner Music) n’y croient pas et ne markettent plus le produit.

La persévérance des fans et des disquaires passionnés rend malgré tout possible l’imprévisible réveil du vinyle. Le confinement et la recherche de réconfort à travers des produits tangibles finissent d’installer ce grand retour, allant paradoxalement de pair avec la dématérialisation induite par le streaming. Les majors ont pris le train en marche en remasterisant l’ensemble de leur catalogue historique.

Aujourd’hui, des artistes mondiaux plus jeunes à l’instar d’Adèle, Billie Eilish ou Taylor Swift éditent en vinyle et créent un nouvel appel d’air au marché. « On parle de 500 000 à un million d’exemplaires vinyles par artiste, ça reste une niche mais nous ne sommes plus dans l’artisanat industriel » constate le président d’MPO. Grâce à ce retournement de situation technologique, l’entreprise mayennaise retrouve, depuis quelques années, des capacités de financement assez importantes pour ouvrir de nouvelles lignes de production et mettre son savoir-faire analogique au service d’une demande grandissante. Comme quoi, ce n’est pas toujours une bonne idée de changer de disque.