Depuis sa création en 2016, Payote, marque d’espadrilles “engagée”, a su trouver le juste milieu entre innovation, automatisation et savoir-faire artisanal. Retour sur l’histoire de l’entreprise avec son fondateur, Olivier Gelly.

« L’espadrille fait partie de notre patrimoine culturel. On en porte été comme hiver dans le sud-ouest », affirme Olivier Gelly, fondateur de Payote, une entreprise qui “réveille” la célèbre chaussure en toile.

Pourtant, rien ne prédestinait ce fils de vignerons, chez qui la « greffe » de la vigne n’a jamais pris, à se lancer dans l’entrepreneuriat. Longtemps dans le secteur du prêt-à-porter, c’est un « fashion faux pas » qui lui mettra le pied à l’étrier.

Olivier Gelly : un entrepreneur qui a commencé du mauvais pied !

« Un matin, un peu à la bourre, je suis parti de chez moi en sautant dans les premières espadrilles que j’avais sous la main. Résultat des courses, je me suis retrouvé avec un 41 et 43 aux pieds… Le soir, en rentrant chez moi, j’ai décidé de customiser mes chaussures pour ne plus jamais me tromper. Et à ma grande surprise, ça a fait un carton auprès des clients de la boutique dans laquelle je bossais ». Dès les premières commandes, Olivier Gelly sent qu’il y a un filon à exploiter. Il s’intéresse à la fabrication d’espadrilles et découvre l’atelier Megam, une petite usine traditionnelle installée depuis 3 générations à Mauléon-Licharre dans les Pyrénées-Atlantiques. De fil en aiguille, le jeune entrepreneur leur présente ses prototypes et ensemble ils lancent une première collaboration. Deux mois plus tard, il est enfin prêt pour faire ses premiers pas dans la cour des grands !

Le hic, c’est qu’en 2016, Olivier Gelly n’a alors pas un sou en poche… Mais qu’à cela ne tienne, il tente le tout pour le tout, vend sa voiture, achète son premier stock et commence à vendre ses espadrilles dans les galeries marchandes de Perpignan. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que la clientèle est au rendez-vous ! Repérées sur Instagram par le géant de la grande distribution Leclerc, qui achète tous ses produits, les espadrilles d’Olivier seront en rupture de stock en seulement 10 jours.

Très proche de sa communauté, avec laquelle il partage sur les réseaux sociaux son histoire et ses valeurs, Olivier a également à cœur d’informer et sensibiliser ses abonnés au savoir-faire et à la conception artisanale. Entretiens avec les couturières, visites des ateliers, rencontres à l’usine de fabrication, le jeune entrepreneur partage avec humour et bonne humeur son quotidien au sein d’une entreprise industrielle. « Aujourd’hui les gens n’achètent plus seulement une paire de chaussures, ils achètent des valeurs, des engagements et un savoir-faire ».

Une marque tricolore et éco-responsable

En France, 12 millions d’espadrilles sont vendues par an : 9 millions proviennent de Chine et 3 millions de l’Europe.” dénonce Olivier, soucieux de l’emprunte environnementale de son entreprise. Avec des produits en coton recyclé pour les toiles, du jute tressé pour la semelle intérieure ou encore du caoutchouc réutilisé pour la semelle extérieure, Payote revalorise également les déchets plastiques qui s’accumulent dans nos océans. « Cette chasse aux déchets marins s’est concrétisée grâce à notre collaboration avec l’entreprise espagnole Seaqual. En 2019, la première paire de Payote fabriquée en plastique recyclé a vu le jour ! La toile de cette espadrille est conçue à partir de billes de PET (polytéréphtalate d’éthylène) provenant du plastique ramassé dans la Méditerranée. C’est une flotte de pêcheurs qui les récolte dans ses filets pour qu’elles soient ensuite traitées dans une usine spécialisée. »

En avril dernier, fort de son succès (1,5 million de paires écoulées en 2020), Payote inaugure son premier atelier de prototypage à Perpignan pour compléter l’usine de Mauléon.
« L’année 2021 a démarré sur des chapeaux de roues ! Entre l’ouverture de notre atelier, la nouvelle boutique de Toulouse, les recrutements et de supers partenariats en France et à l’international, on ne nous arrête plus !».

Des projets et une demande toujours plus importante qui ont d’ailleurs incité l’entreprise à franchir un nouveau cap : la construction d’une seconde usine, qui sortira de terre d’ici 2025, et qui permettra à Payote de produire plus d’1 million d’espadrilles par an. « Ce lieu ne sera pas seulement un espace de production, nous souhaitons également y accueillir du public pour transmettre notre savoir-faire à travers des ateliers pédagogiques, de la personnalisation de chaussure ou de la projection pour découvrir l’histoire de cet emblème régional ».