Grande gagnante du Global Innovation Challenge de la FIRST ® Robotics Competition (compétition internationale de robotique dédiée aux moins de 18 ans), l’équipe Robo’Lyon du lycée Notre-Dame-de-Bellegarde de Neuville-sur-Saône (Rhône) a brillé en proposant une ceinture intelligente destinée aux personnes atteintes de la maladie de Parkinson. Ou quand la jeunesse honore l’Industrie du Futur à la française.

Ils sont lycéens et mettent chaque année passion et énergie dans la conception et la fabrication complète d’un robot. L’objectif pour les élèves composant l’équipe de Robo’Lyon : gagner la seule compétition internationale de robotique réservée aux moins de 18 ans. Pour la première fois de l’histoire de l’association, c’est chose faite. Une victoire qui ne sonne pas la fin d’une ère mais le début d’un projet plus grand : « Nous voulons multiplier les équipes en France. Les valeurs véhiculées par la compétition sont belles et l’apprentissage qu’en tirent les élèves est aussi important pour eux que pour le futur de l’industrie », explique Stéphane Morin, l’un des huit coachs de l’équipe.

Un travail d’orfèvre et d’équipe

Leur médaille d’or, les 24 élèves de Notre-Dame-de-Bellegarde la doivent à une ceinture robotisée permettant aux malades atteints de Parkinson de se déplacer sans heurts. Un projet né de l’histoire personnelle de l’un des membres de l’équipe : « Mon grand-père a cette maladie depuis 22 ans. On a remarqué qu’il se déplaçait normalement sur des surfaces obstruées, mais éprouvait des difficultés sur les surfaces planes. », raconte Victor Desreumaux, 18 ans. A ce problème, la solution de Robo’Lyon. Pour pallier la carence en dopamine à l’origine de ces complications, la ceinture victorieuse a fait ses preuves.

Conçu et fabriqué en six semaines (temps imparti dans le cadre de la compétition), l’objet a demandé aux élèves d’intégrer de multiples compétences industrielles. Choix des composants, impression 3D, programmation embarquée… Victor, Alex, Pénélope et leurs 21 comparses s’y sont frottés pour accoucher de leur innovation, accompagnés par trois types d’acteurs. Leurs ainés lycéens, d’abord, avec lesquels se joue la carte de la transmission. Contrairement aux Etats-Unis où des cours dédiés à la compétition sont dispensés dans les établissements participants, « on n’a pas de cours magistraux dispensés par nos professeurs au sein de notre cursus. Ce sont les élèves qui ont le plus d’expérience qui transmettent aux autres. C’est ce qui fait, entre autres, que Robo’Lyon perdure », explique Axel Sagrado, 18 ans, en charge entre autres, de la partie communication du projet. Parce que leur ceinture faisait également appel à des conseils liés au secteur médical, l’équipe s’est entourée de spécialistes. L’objet a notamment été développé en collaboration avec l’hôpital neurologique et neurochirurgical Pierre Wertheimer des HCL et le CHU de Lille, qui continue de les accompagner sur le développement post-victoire de leur produit. Enfin, les industriels ont également leur place au sein des éclaireurs, à l’instar de l’entreprise Robur, qui les a notamment aiguillés sur le choix des textiles techniques. Un ensemble de partenaires qu’il a fallu aller chercher en parallèle du travail de recherche et de conception effectué quotidiennement durant les intenses deux mois de préparation.

 

Oscar s’occupe du montage électronique du prototype et de l’assemblage des composants

Association, PME ou startup ?

Si Robo’Lyon est une association telle que la loi de 1901 la décrit, elle fonctionne chaque année pour les élèves comme une petite entreprise. Raison pour laquelle des coachs, essentiellement issus d’entreprises privées, les accompagnent dans l’aventure. « L’idée est d’encadrer les jeunes pour leur apporter de la connaissance sur la communication, la recherche de partenaires, la logistique et la tenue d’un budget. Participer à la compétition coûte cher (environ 60 000 euros par édition) », explique Stéphane Morin. Des missions auxquelles ne peuvent échapper les jeunes compétiteurs, dont la persévérance est indispensable au bon déroulé de l’aventure. Victor Desreumaux confirme : « Il faut être extrêmement motivé pour participer à la compétition. Ça implique d’être à fond pendant six semaines, il n’y a pas de pause, pas de vacances, il faut être prêt à consacrer son temps libre à la robotique. ». Ainsi, si l’on pense a priori à la structure d’une PME industrielle, l’esprit startup rôde au-dessus de l’équipe.

L’esprit, mais également le développement, puisque la ceinture conçue et fabriquée ne s’en tient pas à la reconnaissance liée à leur place en haut du podium. Grâce à l’acquisition d’une machine à usiner (CNC) par l’association, l’équipe a pu réaliser une dizaine de prototypes pour arriver à un objet, sinon abouti, opérationnel et digne d’intérêt pour le secteur médical. Si les coachs tempèrent les velléités de création de startup de ses jeunes, arguant que « la maturité n’est pas encore tout à fait au rendez-vous », le projet prend forme et ampleur : « L’objectif aujourd’hui, c’est d’apporter de nouvelles améliorations à notre produit. On doit fournir à Lille une cinquantaine de ceintures pour qu’ils fassent des tests en vue d’une potentielle industrialisation. On veut également protéger notre idée parce que maintenant qu’on a gagné, on a reçu un peu de couverture médiatique », explique Victor Desreumaux. Une couverture médiatique qui profite à l’équipe autant qu’à ses ambitions futures.

 

Multiplier les équipes et susciter des vocations

Notre-Dame-de-Bellegarde et Robo’lyon sont des exceptions françaises. Si aux Etats-Unis (où se déroule habituellement la FIRST) le nombre d’équipes engagées dans la compétition se compte en milliers, en France, les élèves du lycée lyonnais avancent en solitaires. Une situation que regrettent élèves et coachs, qui ont commencé à mener des actions en ce sens dans l’Hexagone. Le labeur est grand, mais les arguments sont à la hauteur. Outre les compétences engrangées, atouts indiscutables pour une entrée future dans la vie professionnelle, les élèves tiennent à mettre en avant l’expérience humaine. « Nous sommes tous très soudés, on vit ensemble pendant la préparation de la compétition, de la France jusqu’aux Etats-Unis. C’est aussi l’occasion de rencontrer plein de gens, de découvrir de nouvelles villes… On s’épanouit autant dans la robotique que dans le côté humain. », s’enthousiasme Victor Desreumaux. Et Axel Sagrado de confirmer : « On travaille en équipe matin, midi et soir, on se donne à fond pendant six semaines, sans réelle pause. Quand je vois ce qu’on arrive à accomplir en si peu de temps, je trouve ça dingue. ».

Une émulation utile pour les élèves qui la créent, mais aussi pour le futur de l’industrie. « L’industrie souffre encore d’une mauvaise image, on pense à Germinal, on la voit encore sale, machiste. Promouvoir cette forme de sport, c’est aussi casser les idées reçues et susciter des vocations. Si sur une équipe de 24, il y a 5 élèves qui sont intéressés ce sera toujours ça ! », explique Stéphane Morin. Pénélope, 17 ans, qui était en charge de la conception assistée par ordinateur sur le projet, est de ceux-là. Axel Sagrado raconte : « Quand on a testé le premier prototype sur le grand père de Victor et qu’on a constaté que le résultat était positif, elle avait des étoiles dans les yeux, c’était incroyable. Aujourd’hui elle veut partir dans l’industrie médicale. ». CQFD. Portés par leur expérience, les membres de Robo’Lyon veulent aujourd’hui aller plus loin. Plus que de faire connaitre la compétition et de favoriser la création de nouvelles équipes dans les lycées français, ils ambitionnent aujourd’hui de créer la première épreuve qualificative FIRST européenne en France, et ce dès 2023.

 

Qu’est-ce que la FIRST ?

FIRST (For Inspiration and Recognition of Science and Technology) a été fondée en 1989 par Dean Kamen pour inspirer l’intérêt et la participation des jeunes en science et technologie. Basé à Manchester, New Hampshire, l’organisme caritatif public sans but lucratif conçoit des programmes en science et technologie accessibles et innovants qui motivent les jeunes à poursuivre des études et à découvrir des opportunités de carrière en sciences, technologie, ingénierie et mathématiques (STEM), tout en acquérant de la confiance, des connaissances et des compétences de vie. Aujourd’hui c’est plus de 4000 équipes actives dans le monde, permettant, chaque année, à plus de 100000 jeunes dont 48% de filles de partager une expérience commune lors de coopétition (compétition collaborative) dans 200 évènements régionaux et deux finales mondiales.