Lhyfe s’apprête à produire les premières centaines de kilos de son hydrogène propre à partir de l’électrolyse de l’eau de mer, alimentée par le parc éolien de Bouin. Son ambition : faire économiser à la planète 1 milliard de tonnes de CO2 à l’horizon 2030. 

Il est sur toutes les lèvres. L’hydrogène, l’un des vecteurs de la transition énergétique, pourrait remplacer les carburants fossiles utilisés dans les transports et dans l’industrie. Mais encore faudrait-il qu’il soit vert, c’est-à-dire produit à partir d’énergies propres – et non pas fossiles, ce qui est encore majoritairement le cas aujourd’hui. C’est le pari de Lhyfe, une start-up industrielle nantaise qui, pour fabriquer de l’hydrogène décarboné à l’échelle industrielle, a conçu une solution modulaire qui se connecte à une source d’énergie renouvelable. Un électrolyseur couplé à un logiciel de pilotage de production et de gestion de stocks. Ainsi, dès cet été, l’entreprise prévoit de lancer la production de ses premières centaines de kilos d’hydrogène en Vendée, à Bouin, à partir de l’énergie fournie par des éoliennes appartenant à Vendée Energie.

Production locale et éoliennes amorties : les deux clés du modèle économique

Mais l’hydrogène, certes très prometteur, doit aussi trouver son modèle économique. « Grâce à 15 ans d’investissement, en France, dans l’éolien et le solaire, nous avons accès à des gisements d’énergie très compétitifs », explique Mathieu Guesné, fondateur de cette entreprise créée en 2017. Une façon aussi pour ces éoliennes de première génération, vieilles de 15 ans et arrivant à l’âge de la retraite, de trouver une seconde vie. « Nous n’achetons pas les éoliennes, mais l’énergie qu’elles produisent », précise par ailleurs cet ancien du Commissariat à l’énergie atomique (CEA).

Autre élément-clé sur lequel mise la PMI : la proximité avec les clients. « Il faut produire de façon suffisamment conséquente pour atteindre les économies d’échelle, mais pas trop loin du client », poursuit Mathieu Guesné. « L’hydrogène vert que nous produisons, comprimons et livrons est deux fois moins onéreux que l’hydrogène gris issu des énergies fossiles », assure le dirigeant. En effet, « quand l’hydrogène est produit à partir de l’énergie fossile ou dans une centrale nucléaire, il est loin du client et ses coûts de compression, de purification et de livraison sont importants », détaille-t-il. A l’inverse, sa solution se veut écologique tout en étant rentable. « Fournir de l’hydrogène vert localement, à partir de sources locales, et le livrer avec un camion vert, c’est plus vertueux – et moins cher », résume-t-il.

Accords avec des villes et des industriels

La jeune pousse, forte désormais de 40 employés, cible notamment des villes et des collectivités qui souhaitent s’équiper en moyens de transport ou de ramassage d’ordures sans émettre de CO2. Les premiers accords avec, par exemple, les villes de Challans ou de La Roche-sur-Yon, ont d’ores et déjà été noués. Mais l’entreprise vise aussi des industriels, du grand groupe à la PME, désireux d’utiliser l’hydrogène écologique à des fins de production ou bien pour décarboner leur flotte de véhicules.

Lhyfe développe aussi des projets utilisant des sources d’énergies renouvelables autres que les éoliennes dans des endroits où il y a peu de vent : le solaire, l’hydroélectricité, ou encore la biomasse. Enfin, convaincu du potentiel de l’hydrogène propre, Mathieu Guesné nourrit des ambitions élevées. « Nous ne souhaitons pas être une licorne valorisée à 1 milliard d’euros. Notre objectif est d’être la première licorne verte au sens d’être la première entreprise capable d’économiser 1 milliard de tonnes de CO2 d’ici à 2030 », affirme-t-il. Un objectif réaliste ? « Pour y arriver, nous devons lancer 140 plateformes de production d’hydrogène en mer à cet horizon », conclut le dirigeant de Lhyfe. Les jalons, en tout cas, sont posés.