A l’occasion de la journée des droits des femmes, lors de notre table ronde « La place des femmes dans l’industrie », Agnès Pannier-Runacher a répondu à vos questions en direct. Retours d’expérience, dispositifs à mettre en place, idées reçues sur la mixité femmes/hommes… Nous avons sélectionné cinq réponses données par la ministre de l’Industrie.

« J’ai engagé un plan de mixité pour encourager les femmes à venir dans ma PME : j’ai pu recruter 2 femmes en production. Elles me disent être fatiguées de faire des efforts pour démontrer leur compétence en permanence. Que peut-on faire pour dépasser cet archaïsme ? »

Agnès Pannier-Runacher : Faire progresser l’égalité dans l’entreprise est un combat de tous les jours. Pour que l’évolution professionnelle des femmes se passe dans les meilleures conditions, nous avons publié un guide des bonnes pratiques innovantes en matière d’égalité femmes-hommes en entreprise en juin 2020, qui détaille trente bonnes pratiques autour de trois grands axes : attirer les femmes dans l’industrie, garder les talents féminins et enfin permettre aux femmes d’évoluer. Ce guide est diffusé à l’ensemble des secteurs et continuera de se nourrir des innovations développées par les entreprises.

Plusieurs mesures sont proposées pour lutter contre toutes les formes de sexisme et pour une culture de travail plus inclusive. Vous pouvez par exemple prévoir des procédures et espaces d’expression garantissant l’anonymat et un accueil bienveillant de la parole, mener une réflexion sur les stéréotypes de genre et le harcèlement au sein de l’entreprise pour sensibiliser vos salariés, ou encore organiser des formations ou des journées dédiées à ces questions. Proposer des jeux de rôle et des ateliers de mise en situation est particulièrement efficace sur ces sujets. Vous pouvez enfin consulter le kit pratique réalisé par le Conseil Supérieur de l’Égalité Professionnelle.

« Il y a principalement des femmes dans les secteurs du textile, de l’agroalimentaire et pharmaceutique. Comment faire en sorte de donner envie aux femmes d’aller vers les autres secteurs dits « plus masculins » tel que l’aéronautique ? Et vice-versa pour les hommes dans des secteurs « féminins » ? »

Agnès Pannier-Runacher : Cela démarre d’abord au plus jeune âge. Il faut casser les représentations stéréotypées qui poussent les jeunes filles à se projeter dans les métiers du soin, et autoriser celles qui en ont le goût à accéder à des métiers techniques.

C’est dans cet esprit que nous avons créé une charte pour une représentation mixte dans les jouets, signée en septembre 2019. Cette charte réunit tous les acteurs du jouet, de la production à la distribution en passant par la publicité. Son objectif est de lutter contre les stéréotypes qui par le jeu assignent des rôles à chaque sexe dès le plus jeune âge : les poupées pour les filles ; les jeux de construction pour les garçons. Laissons-les choisir, parce qu’à 6 ou 8 ans tout est possible ! De même, une poupée ingénieur, astronaute, chef de chantier ou encore pilote peut susciter des vocations et permettre à une petite fille de se sentir légitime à se projeter dans ces carrières. J’encourage toutes les initiatives qui vont dans ce sens, comme le livre récemment publié par Syntec Ingénierie, Alice et les pouvoirs de l’ingénierie à destination des élèves de l’école primaire.

Il faut ensuite travailler sur la connaissance du monde de l’industrie – c’est le sens de la Semaine de l’Industrie et du partenariat entre le ministère de l’Économie, des Finances et de la Relance, l’Éducation nationale et France Industrie – et améliorer l’orientation après la 3ème. Il faut plus largement encourager toute occasion de contact entre les plus jeunes, les entreprises et des femmes qui y travaillent.

« Concernant les postes ouvriers, existe-t-il aujourd’hui des dispositifs / initiatives concrets non financiers promouvant le recrutement des femmes dans les emplois industriels ? La difficulté provient notamment de l’accès au pool de talents. »

Agnès Pannier-Runacher : Il y a des femmes dans le monde industriel depuis longtemps. Ce sont les femmes qui ont fait tourner les usines pendant les deux dernières guerres mondiales. Mais il faut bien sûr les rendre plus visibles et entretenir le vivier de talents à tous les niveaux de diplômes. Travailler sur le lien entre l’Éducation nationale et le monde de l’entreprise est essentiel pour développer le vivier de jeunes intéressés par les métiers de l’industrie. Nous organisons régulièrement des campagnes de sensibilisation et nous soutenons différentes associations qui ont pour objectif d’aller chercher et motiver les talents dès le plus jeune âge, notamment en intervenant dans les établissements scolaires. Il est notamment important de faire valoir que les conditions ont été très fortement améliorées dans l’industrie ces dernières années et que les salaires y sont plutôt plus élevés en moyenne que dans d’autres secteurs, à diplôme équivalent.

Nous voulons montrer l’exemple et nous avons fixé pour objectif aux dirigeants des écoles d’ingénieurs des Mines et des Télécoms, qui dépendent du Ministère, d’établir des plans d’action pour attirer les jeunes filles et dénouer le goulot d’étranglement à l’entrée de l’industrie. Ces plans pourraient être déployés plus en amont pour améliorer la féminisation des filières de l’apprentissage, dans les écoles de production, les centres de formation d’apprentis ou les lycées professionnels qui délivrent les diplômes qualifiant pour les postes en production (CAP, BEP, bacs professionnels et BTS).

« Quel est le retour global des femmes travaillant dans l’industrie ? Ressort-il que travailler dans un univers essentiellement masculin est plus difficile pour elles, ou au contraire plus simple car mises en lumière ? Ou bien similaire à n’importe quel secteur ? »

Agnès Pannier-Runacher : L’industrie offre des conditions de travail intéressantes, tant pour les femmes que pour les hommes. Ce sont en effet des emplois plus stables et souvent mieux rémunérés que dans d’autres secteurs. Ces emplois sont répartis partout sur le territoire et il y a des postes ouverts : l’industrie recrute ! De manière générale, les femmes s’épanouissent dans ces métiers. Elles sont sensibles au rôle que leurs employeurs peuvent jouer en matière de transition écologique et énergétique. Elles se retrouvent également dans des univers où le travail en équipe est important et valorisant.

« Le projet de mentorat féminin pourrait être une solution pour favoriser des carrières féminines au sein de l’industrie. Selon vous, quelles seraient les conditions pour un mentorat de qualité ? »

Agnès Pannier-Runacher : Un mentorat féminin efficace, c’est un mentorat qui sait insuffler la confiance. Elle fait souvent défaut aux femmes alors qu’elles ont toutes les qualités pour réussir. Ces dispositifs ont vocation à être mixtes pour plus de richesses et ils peuvent être intra- ou inter-entreprises, à l’échelle d’un territoire par exemple.

Nous avons créé un collectif « IndustriElles » autour de réseaux de références, qui regroupe des femmes industrielles de tous les âges, départements et secteurs de l’industrie. En donnant une visibilité aux carrières de ces femmes, nous voulons créer une dynamique et encourager le mentorat. Je crois au partage d’expérience. Je crois aussi que les mentors en tirent un bénéfice important à titre personnel et qu’ils se transforment eux aussi et deviennent des alliés. Le mentorat peut faire la différence pour favoriser les carrières féminines au sein de l’industrie.