Nocifs pour l’environnement et la santé, les adhésifs issus de la pétrochimie peinaient jusqu’alors à trouver leur alternative écologique. A Evertree d’entrer en jeu, en mettant au point une solution adhésive sans formaldéhyde. 

C’est un composé organique volatil (COV) qui pollue l’air intérieur et qui est classé comme cancérigène par l’Organisation mondiale de la santé. Son nom : le formaldéhyde. On le retrouve dans de nombreux produits, dont les colles entrant dans la composition des panneaux utilisés par l’industrie de l’ameublement. C’est pour s’attaquer à cette problématique environnementale et sanitaire de taille que la jeune pousse Evertree, basée à Venette sur les rives de l’Oise, développe depuis 2016 une alternative végétale aux adhésifs issus de la pétrochimie. « La production d’une tonne de résine formaldéhyde émet une tonne de CO2. La volonté d’Evertree est de remplacer les résines mauvaises pour la santé et l’environnement par une solution biosourcée, à partir de matières premières qui ne font pas concurrence à l’alimentation et qui sont disponibles en France », indique Nicolas Masson, directeur général de la startup.  

L’innovation au service de la performance 

Son innovation ? Une technologie fondée sur un coproduit de la trituration des graines oléoprotéagineuses, le colza et le tournesol, qui d’une part ont une vocation alimentaire et d’autre part donnent un résidu fibreux – le tourteau – servant de base au liant écologique mis au point par Evertree. Une solution développée dans le cadre du projet Respire de l’ADEME, et qui répond à plusieurs défis. Celui de performance, d’abord, notamment en matière de résistance mécanique ou à l’eau des panneaux. « Notre résine sans formaldéhyde permet de produire des panneaux de bois qui ont la même performance que ceux utilisant les résines de synthèse », assure Nicolas Masson. Par ailleurs, « il a fallu travailler sur l’écoconception du produit tout au long de la chaîne pour avoir l’empreinte carbone la plus faible possible » 

Produire vite et mieux 

Autre enjeu, celui de productivité pour les industriels qui fabriquent les panneaux de bois« Un panneau est fabriqué à partir d’un mélange de bois et de résine dans une presse à haute température. En fonction de la colle, le panneau cuit plus ou moins vite. Pour la productivité, il vaut mieux que ce soit vite », explique Nicolas Masson. Tout l’enjeu est donc d’y parvenir tout en maintenant le processus d’écoconception… et de passer à l’industrialisation. Pour ce faire, Evertree a noué un partenariat avec la PME Panneaux de Corrèze qui intègre sa solution écologique dans la fabrication des « premiers panneaux MDF (ndrl : en anglais, medium density fiberboard) biosourcés industriels au monde », selon le dirigeant de la startup, et dont le lancement officiel est prévu d’ici peu. Pour convaincre cette entreprise industrielle, « nous lui avons présenté une solution clé en main qui nécessitait peu de modifications dans son usine et nous avons démontré la performance de notre produit, sous forme de pilote, au sein d’un institut technique »précise-t-il.  

Créer un produit fini et qualitatif  

La résine d’Evertree elle-même est produite près de Bordeaux, à proximité de la matière première, dans les usines du groupe Avril, actionnaire d’Evertree aux côtés de Bpifrance. En parallèle, Evertree cherche un partenaire outre-Atlantique pour y lancer l’industrialisation des panneaux sur le même modèle qu’en France. Enfin, Nicolas Masson entend convaincre également des fabricants de meubles afin qu’ils utilisent les panneaux biosourcés dans leurs produits. L’ambition étant d’arriver à créer un produit fini, « éco-conçu de bout en bout ». Reste qu’un panneau de bois biosourcé est plus onéreux qu’un panneau classique. Mais Nicolas Masson veut rester dans des écarts « raisonnables », en ajoutant pas plus de 5 à 10 % au prix, et vise des acteurs « qui cherchent à se démarquer et à faire un produit plus qualitatif ». Le patron de la pépite en est convaincu : « Il y a aujourd’hui un besoin fort des consommateurs d’aller vers des produits moins nocifs pour l’environnement ». Sans oublier l’argument de poids : celui de la santé.