Initié par Corinne Molina, vice-présidente du groupe MÄDER, le projet WeFabArt casse la frontière qui sépare l’art et l’industrie. Derrière ce projet se cachent deux ambitions : changer l’image des entreprises du Coq Bleu auprès des jeunes et du grand public, et inscrire l’art et la culture dans le quotidien de ceux qui ne les consomment pas.

« Il y a dans l’industrie une forme d’art, et dans la notion d’art une série de process qu’on retrouve dans l’industrie. Pour les deux, il s’agit de transformer la matière pour fabriquer quelque chose. ». Ce lien qui relie deux secteurs qu’a priori tout sépare pourrait bien servir l’un et l’autre monde. Celui de la Fab qui a besoin de nourrir son attractivité, et celui de la culture dont le public ne demande qu’à s’élargir. Telles sont les ambitions de Corinne Molina et du projet WeFabArt, encore en cours de finalisation.

A l’origine de l’initiative, il y a l’idée d’une rencontre : celle d’un industriel et d’un artiste, amenés à travailler de concert pour réaliser une œuvre d’art. Il y a aussi une valeur, celle du respect de l’environnement : l’œuvre d’art en question devra être conçue à partir des déchets de l’entreprise à laquelle l’artiste s’est associé. Il y a enfin une cible capitale, appelée à observer mais également à agir dans le cadre du projet : les jeunes. Parce que sa mise en œuvre nécessite l’intervention de divers types d’acteurs, WeFabArt est porté par plusieurs partenaires, dont la Société Industrielle du Nord de France, l’Université Catholique de Lille et son campus créatif , Pôle Emploi, l’Ecole Supérieure de Journalisme (ESJ) de Lille,  le concepteur de sites web Goweb, le Fonds Régional d’Art Contemporain de Dunkerque ou encore le Studio national des arts contemporains Le Fresnoy, ceci sous l’œil averti de Luc Doublet Collectionneur d’Art et industriel réputé .

Changer l’image de l’industrie à travers l’art

Le concept de WeFabArt, la vice-présidente de MÄDER l’a imaginé pour son entreprise avant d’en faire un projet commun à plusieurs industriels. Cette volonté de mutualiser les forces est née d’une problématique : les difficultés de recrutement des entreprises, étroitement liées à la mauvaise réputation de l’industrie. Si l’image du Coq Bleu est en pleine évolution, des clichés persistent. « Les gens ne veulent plus aller vers l’industrie parce qu’elle est synonyme de plans de restructuration, de mauvaises conditions… Il faut aider nos entreprises à recruter en cassant ces idées reçues. », explique Corinne Molina. Solution choisie par la dirigeante : « aborder le public autrement, parler à ses émotions ». Et en ce qui concerne la cible jeune, il est aussi question d’attirer son attention en abordant des thématiques qui la touchent. La culture, donc, mais aussi l’écologie.

« Les différents partenaires de WeFabArt sont reliés par des valeurs communes. On travaille tous bénévolement et cette double notion d’environnement et de sensibilisation des jeunes nous porte ». Cette couleur verte passe par la matière, et plus particulièrement par le recyclage des déchets. « L’intérêt de travailler avec des artistes, c’est d’avoir un autre regard sur les choses. Nous on voit des déchets, eux vont y voir des objets intéressants, des matériaux à travailler, des choses belles. On peut faire de l’art et recycler en même temps. », explique Corinne Molina. En plus d’enrichir la collaboration industriels/artistes, cet aspect écologique témoigne par essence de la transformation de l’industrie française aujourd’hui, enjeu cher à Corinne Molina et ses partenaires.

Communiquer sur la transformation de l’industrie

Cette transformation des entreprises du Coq Bleu, il faut la démontrer, mais également la montrer. Raison pour laquelle le projet WeFabArt n’oublie pas l’importance de mettre en lumière l’industrie telle qu’elle est, dans une réalité non transformée par la patte de l’artiste. Une ambition délicate, les portes des usines restant régulièrement fermées pour faire face à des problèmes de sécurité. Dans le cadre de WeFabArt, les entreprises participantes seront amenées à laisser entrer les étudiants de l’ESJ dans leur monde. Leur mission : réaliser de courts reportages, pour mieux les diffuser ensuite sur les réseaux sociaux et communiquer autour du projet. « Il faut qu’à travers leur travail, chacun puisse se rendre compte que l’industrie, ce ne sont pas de vieilles usines construites sur de la terre battue avec de mauvaises conditions pour les salariés. Il faut montrer qu’il y a des ordinateurs, des robots, mettre en avant des jeunes femmes, des jeunes hommes travaillant dans le secteur, qui aiment ce qu’ils font et en sont fiers ».

Une fierté que la vice-présidente de MÄDER aimerait également raviver chez les salariés ayant souffert de la crise. En cela, elle compte sur son initiative pour améliorer la marque employeur des entreprises partenaires. « Avec la crise, les dirigeants ont enfin compris l’importance de parler de leur société, de partager leurs valeurs via une stratégie de communication bien définie. ». Cette marque employeur est d’autant plus importante qu’elle a également un impact sur les employés échaudés par la Covid-19. « Il faut ramener de l’oxygène aux collaborateurs. La vie d’entreprise a été impactée par ce qui se passe depuis un an, il faut désormais refédérer. ». Plus encore, la dirigeante compte sur WeFabArt pour raviver la créativité des salariés : « ce projet a aussi pour ambition de rebooster la capacité des équipes à innover. Organiser la rencontre entre elles et les artistes, leur demander de partager leur quotidien, leurs connaissances, peut leur redonner confiance en leur faculté à créer. ».