A la frontière de la Tech et de la Fab, Tekyn a mis au point une solution permettant aux marques textiles de mieux piloter leur production en la calquant sur la demande. Entre industrie du futur et éco-responsabilité, la startup lilloise fait honneur à la Fashion Tech et aux enjeux du Coq Bleu.

Créé en 2017 par Pierre de Chanville et Donatien Mourmant, Tekyn avance vite et bien. Le pari était osé pour les deux fondateurs, qui en s’attaquant à l’industrie textile ont fait face à deux tares et a fortiori deux enjeux. Avec sa réputation de deuxième industrie la plus polluante du monde, le secteur du textile a le dépoussiérage peu aisé ; la délocalisation de la production à l’autre bout du monde ne facilite ni la modernisation des usines françaises, ni la gestion des stocks. Ajoutez à cela les aléas de la filière mode et de ses tendances, et obtenez un degré de surproduction, de déchets et de pollution que Tekyn s’attèle à diminuer.

Fractionner pour mieux produire

« On part du principe que dans l’industrie textile (habillement, ndlr), il existe une difficulté à pouvoir prédire ce qui va plaire. Et aujourd’hui, il n’y a pas d’outil qui permette de faire matcher une bonne prédiction avec la mise en œuvre de sa production dans les quelques jours qui suivent. », explique Pierre de Chanville. A la solution de Tekyn d’entrer en jeu. Sur la base d’une réservation de la capacité de production des ateliers, le concept permet aux marques de fractionner leur production sur une base hebdomadaire, le tout avec une possibilité de réajuster les commandes en fonction des tendances d’achat. Un système qui court après le temps pour permettre aux clients de Tekyn de ne pas surstocker ni jeter les choses qu’ils ne vendront pas, mais aussi de produire spontanément et rapidement les pièces qui plaisent aux consommateurs. La production opérée au global est tout aussi massive qu’une mise en production classique, à la différence près que les marques renouvellent toutes les semaines l’objet de leur commande.

Une prouesse rendue possible par la numérisation des process. « Il y a 3 dimensions technologiques : une plateforme web, des applications mobiles et des machines connectées », explique Pierre de Chanville. Grâce à la mise à disposition d’une plateforme Saas, l’ensemble des données nécessaires à l’enclenchement de la production est partagé entre les quatre acteurs principaux : la marque cliente, un logisticien et l’atelier partenaire en charge de la production et le fabricant de matières. Agilité et flexibilité sont les maitres mots du concept porté par Tekyn, qui, en plus de faire entrer la technologie dans l’industrie du vêtement – en retard sur sa transformation –, permet à la startup de promouvoir un système vertueux répondant à divers enjeux du Coq Bleu.

Les métiers et les enjeux de l’industrie au cœur de la Fashion Tech

Avec la jeune entreprise, il est question de compétitivité, de circuit court et d’écologie, le tout sur fond de transformation numérique. Tout d’abord, en envoyant ses kits de tissus prêts à monter en France et en Europe, Tekyn ferme la porte à deux problématiques qui animent le monde industriel aujourd’hui : la délocalisation et l’empreinte environnementale des cycles de production et de distribution. « Dans leur modèle de production classique, les marques font souvent face à un surstock qui s’avère difficilement écoulable. Ces dernières vont alors essayer de s’en défaire à tout prix ». Jusqu’à la destruction des invendus. Une issue peu stratégique pour les annonceurs comme pour la planète, qui trouvent en la production fractionnée de pièces à la demande une solution pragmatique.

Et pour Tekyn, dont les cibles principales sont les marques, il s’agit également d’un début de solution pour la prise de conscience des industriels, par ricochet. « L’industrie textile a, certes, un certain retard, mais a été extrêmement secouée dernièrement ». La crise sanitaire, les changements de comportements des consommateurs portés par leur conscience écologique et sociétale en sont les premiers moteurs. « Aujourd’hui, l’industrie textile sait qu’elle doit bouger. Et comme les marques sont prescriptrices sur la chaine de valeur, ce sont elles qui vont enclencher les premiers changements. ». D’une pierre, deux coups. En baignant et dans la supply chain, et dans les enjeux de l’industrie et de la tech, Tekyn joue de l’hybridité pour faire avancer les choses sans pour autant se coller d’étiquette. « On n’a jamais cherché à se classifier parce que notre mission est extrêmement claire et que tous les moyens sont bons. Notre particularité, c’est d’avoir un nombre de jeux d’orgue qui implique notamment une multiplicité de métiers : on a des ingénieurs process, des opérateurs, des développeurs web, des automaticiens… On sait tous ce qu’est la logistique et la supply chain. Chez Tekyn, tout est complémentaire. », conclue Pierre de Chanville.

La société a récemment installé à Saint-Denis un centre robotisé où une dizaine de lignes de production découpent et préparent les kits de tissu et, soutenue entre autres par la région Hauts-de-France et Bpifrance, elle vient de lever 5,5 millions d’euros pour continuer son ascension.