Créé en 1993 par Alain Bioret, exploitant agricole soucieux de ses vaches laitières, Bioret Agri est aujourd’hui le seul fabricant de matelas pour vaches en France. Ses fers de lance : le bien-être animal, l’environnement et l’innovation.

A l’origine du succès de Bioret Agri, une histoire de famille, d’agilité et d’amour des bêtes. Lorsqu’il décide de se lancer dans l’aventure industrielle, Alain Bioret a dans son sac son expérience d’agriculteur et une problématique : comment améliorer le confort de ses vaches laitières et améliorer sa productivité. Après avoir tenté de mettre en place tout ce qui était « high-tech » à l’époque, l’éleveur insatisfait a pris les choses en main. « Il a eu la bonne idée d’aller à la centrale EDF d’à côté pour récupérer des tapis de mine usagés. Il les a installés sur ses caillebotis et a observé un meilleur déplacement chez ses vaches », raconte son fils Jean-Vincent Bioret, désormais dirigeant de l’entreprise. Après avoir trouvé une solution tout aussi agile en recyclant du caoutchouc pour améliorer le couchage de son élevage, Alain Bioret a commencé à vendre ses astuces à ses voisins éleveurs et s’est lancé dans le double exercice de l’agriculture et de l’industrie.

Quelques années plus tard, à Jean-Vincent Bioret d’entrer en jeu : « A l’époque (en 2007), je n’étais pas du tout parti pour reprendre la boite. Je voyageais beaucoup et au retour de ma dernière escapade, je me suis aperçu que je voulais travailler à l’international. J’ai repris l’entreprise pour la développer en ce sens ». Porté par son envie d’exporter, le commercial de formation s’est lancé.

L’agilité au service du développement de l’entreprise

Lorsqu’il reprend l’entreprise, ils sont trois et il n’y a ni bureau, ni lieu dédié aux stocks. Pour mieux accueillir les internationaux et solidifier la structure, Bioret Agri s’est déplacée en zone industrielle et a commencé à se transformer en même temps que ses infrastructures. « On a construit un bâtiment à peu près tous les deux ans, et au global, entre la fabrication, le site de préparation et l’administratif, nous sommes aujourd’hui 60 personnes. », explique Jean-Vincent Bioret. Dans cette équipe, quatre ingénieurs travaillent quotidiennement pour améliorer les produits de l’entreprise et en inventer de nouveaux. Un pôle R&D cher au dirigeant, rapidement animé par une envie d’accélérer sa croissance et de faire évoluer son activité. « Il y a cinq ou six ans, j’ai été confronté à un choix pour la croissance de l’entreprise. Vendre toujours la même chose avec les mêmes argumentaires devenait rébarbatif : soit je faisais plus de commerce et j’élargissais la gamme, soit j’approfondissais la compréhension de la matière et de notre client final ». Pour Jean-Vincent Bioret, le client final est l’animal. Pour le bien-être des vaches et le business de l’entreprise, il mise aujourd’hui sur la recherche.

« Concernant l’animal et son bien-être, énormément de choses sont aujourd’hui connues et ont été étudiées par les milieux scientifiques et les chercheurs. Mais si ceux-là ont pointé et analysé les problèmes, ils n’y ont pas forcément apporté de solutions ». Bioret Agri a ainsi pris le relais et fait de la compréhension des vaches laitières le moteur de ses innovations. La dernière en date se nomme AquaClim, et est un matelas Made in France qui, en plus d’améliorer le confort de l’animal et de réduire son stress, a des vertus écologiques et économiques pour les éleveurs. Concrètement : « une vache laitière ne sue pas et sa température de confort est de 5 à 7°C. Il y a une grosse problématique liée à la perte de production en été. La chaleur peut même être létale pour les animaux. En 2019, des vaches sont mortes de chaud, on n’avait jamais vu ça en Loire-Atlantique ». En s’associant à un bureau d’études spécialisé dans la thermie, Bioret Agri a développé un matelas qui, grâce à des pompes à chaleur, est capable de récupérer l’énergie zoothermique pour la transformer en énergie. « Avec ce dispositif et 150 vaches, vous pouvez chauffer une piscine olympique », affirme Jean-Vincent Bioret. A l’axe écologique de se développer dans l’entreprise.

L’innovation au service de l’environnement

Si le client final est l’animal, l’éleveur et l’environnement y trouvent eux aussi leur compte. Preuve par l’exemple avec des clients fromagers. Contraints de nettoyer leur atelier trois fois par jour à l’eau chaude, ces derniers ont adopté l’innovation de l’entreprise pour éco-produire la chaleur et économiser. « On n’a fait que reproduire ce que nos anciens faisaient déjà. Ils vivaient à côté ou au-dessus de leur élevage l’hiver parce que ça chauffait la maison gratuitement. On a remis cette pratique à jour dans sa version 2.0. », explique Jean-Vincent Bioret. La société n’a néanmoins pas attendu que l’environnement devienne un axe industriel fondamental pour adhérer à sa défense. Avant la R&D, c’est le système D qui a permis à Bioret Agri d’intégrer l’écologie à sa stratégie, via l’éco-conception. « Au tout début, on récupérait les déchets à l’échelle locale – chutes d’essuie-glace, bouchons de pharmacie, caoutchouc… – qu’on réagglomérait et transformait ensuite », raconte le dirigeant. Aujourd’hui, dans le site de production, les mêmes matières recyclées sont travaillées et transformées en matelas. Accompagnée par l’ADEME en 2015, l’entreprise est reconnue pour ses travaux de valorisation des déchets et du caoutchouc, et continue d’agir en ce sens.

Un aspect de l’activité de Bioret Agri qui, selon Jean-Vincent Bioret, peut aussi avoir un impact sociétal et casser les idées reçues. « La vision qu’a le grand public de l’élevage n’est pas forcément bonne et peu même parfois être caricaturale par rapport à ce qu’il se passe dans nos campagnes. Il y a certes des fonds de vérité, mais certains font bien le boulot sans être mis sous les projecteurs ».  Pour avancer au mieux dans ses recherches et continuer de faire évoluer le milieu et les mentalités, l’entreprise n’hésite pas à aller chercher les compétences et expertises là où elles se trouvent, dans sa région. L’Oniris (École nationale vétérinaire, agroalimentaire et de l’alimentation de Nantes-Atlantique) ou encore l’INRA (Institut national de la recherche agronomique) font notamment partie de ses partenaires.

Aujourd’hui l’entreprise enregistre une évolution moyenne de son chiffre d’affaires de l’ordre de 15% par an, et les deux tiers de ce CA se font à l’export (dans plus de 60 pays). Mission accomplie pour le back-packer qui rêvait d’international.