Aux frontières de l’art, de l’artisanat et de l’industrie, l’entreprise montpelliéraine CHD Art Maker s’appuie quotidiennement sur les procédés industriels pour mieux servir les artistes, architectes et designers qui font appel à elle.

Conception artistique et technique, modélisation 3D, réalisation de prototypes, fabrication, gestion budgétaire et logistique : chez CHD Art Maker, tout est ouvragé de A à Z, ou presque. L’idée de l’artiste en tête et le cahier des charges en main, l’entreprise modélise l’œuvre et ouvre la voie à la R&D pour répondre aux exigences ponctuelles des commandes qui lui sont confiées.

« La majorité des œuvres sont liées au volume, à la structure et à l’installation. On a commencé avec des techniques traditionnelles de moulage, de reproduction ou de façonnage et petit à petit, on est allé plus loin en accompagnant les artistes dans leurs investigations. », précise Bénédicte Baqué, co-fondatrice de l’entreprise aux côtés de Christian Hubert-Delisle. Des investigations qui ont amené le binôme à « détourner » les processus industriels pour les transposer dans le domaine de l’art, voire à les faire évoluer en innovant au sein même de leur structure.

Détourner les procédés industriels pour l’art et le design

« En 20 ans, on a constitué autour de notre métier un réseau d’industriels et de fournisseurs qu’on sollicite régulièrement pour des besoins spécifiques. Nous les amenons à changer leurs habitudes pour qu’ils répondent à notre méthodologie et à nos besoins. », explique la co-fondatrice. Pour illustrer son propos, elle s’appuie sur le travail de finition des œuvres installées en extérieur, qui doivent résister au temps et aux intempéries. « Ces œuvres vont se retrouver exposées au froid, au vent, à la salinité… Il faut imaginer des traitements adaptés à ces aléas. Pour répondre à cette problématique, on va aller chercher dans les processus industriels de peinture, et travailler en direct avec les entreprises. ». Plus encore, la société peut être amenée à co-créer avec les fabricants pour élaborer des produits qui ne sont pas sur le marché. « Chaque cahier des charges est différent. Cette variété de demandes implique pour nous d’entretenir un dialogue constant avec les industriels. ».

Si Bénédicte Baqué et Christian Hubert-Delisle s’appuient sur les compétences de prestataires, ils sont également parvenus à réunir en interne un grand nombre de savoir-faire. Fraisure, pliage, réalisation de moules ou de coulées : dans l’atelier situé à Montpellier, un chaudronnier et un spécialiste en matériaux composites répondent eux-mêmes à un grand nombre d’impératifs de fabrication. « Chaque nouvelle rencontre nous pousse à conceptualiser et à imaginer de nouveaux procédés. Depuis toujours, nous faisons de la R&D sans réellement l’avoir formalisé. », réalise la co-fondatrice. Suite au confinement, durant lequel un projet d’habillage de façade constitué de tubes métalliques leur a été confié, cet axe lié à la recherche s’est matérialisé plus concrètement. « On a investi du temps et de l’argent dans le développement d’un logiciel en interne pour pouvoir concevoir les pièces demandées et les sculpter. On s’est associé à un industriel qui a une machine de laser tube, et grâce à notre solution, nous pouvons désormais définir des systèmes d’assemblage pour développer nos procédés de fabrication. ». Un pôle de conception d’habillage est ainsi né au sein du studio de CHD Art Maker, qui développe peu à peu ses propres solutions.

 

Subodh Gupta – Very Hungry God – 2007 – Sculpture – L: 2,5m x P: 3,5m x H: 4m – Vue de l’exposition à la Monnaie de Paris, 2020 – Collection François Pinault

Le Made in France, un atout artistique et stratégique

Pour Bénédicte Baqué, la réussite de l’entreprise repose également sur son agilité. Une agilité qu’elle associe naturellement au Made in France : « Je pense qu’il y a une certaine façon de réfléchir « à la française ». La France est reconnue pour ses savoir-faire, mais ses entrepreneurs et artisans savent aussi se débrouiller et aller au-delà de leurs compétences. ». Chez CHD Art Maker, cet ADN a plus d’un atout, dont un lié à la réputation tricolore hors de ses frontières : « Le Made in France implique une forme de qualité, et les Français sont reconnus à l’étranger pour leur expertise artistique », salue la co-fondatrice. Une carte que l’entreprise joue au quotidien, en s’appuyant sur des fournisseurs et industriels locaux. Ici encore, l’agilité est au cœur de la stratégie. « Il est important que la distance qui nous sépare des personnes avec lesquelles nous travaillons soit humaine », explique Bénédicte Baqué, qui souligne la nécessité pour elle et son équipe d’être réactives et de pouvoir contrôler au plus près les différentes étapes de la conception des œuvres commandées.

Pour aller plus loin dans la reconnaissance de leurs savoir-faire bleu-blanc-rouge, les deux fondateurs de CHD Art Maker sont allés chercher une distinction aussi chère à leurs yeux qu’à ceux de leurs clients. « L’atelier a évolué au fil des années. En 2013, on a fait le choix de se sédentariser et d’avoir une structure pérenne composée d’un studio et d’un atelier. Nous voulions déjà à l’époque faire valoir notre métier de fabricant d’art et obtenir la reconnaissance de nos savoir-faire artistiques et industriels. ». Mission plus qu’accomplie en 2018, année durant laquelle la société a été labellisée Entreprise du Patrimoine Vivant. Pour Bénédicte Baqué, cette « récompense » est une forme de certificat nécessaire au bon développement de CHD Art Maker à l’étranger. Cette stratégie semble efficace pour l’entreprise, qui enregistre aujourd’hui un taux d’export de plus de 60%.

Aujourd’hui, cinq personnes travaillent en interne, appuyées par une dizaine de prestataires, pour une activité générant près d’1 million d’euros de chiffre d’affaires. Le prochain projet de la société sera visible dès le mois de mai aux Invalides, à l’occasion du bicentenaire de la mort de Napoléon. « Une belle façon d’attaquer 2021 et de fêter nos 20 ans », se réjouit Bénédicte Baqué.

Image à la une : Pierre JOSEPH, Rosace de Mai, 2013 – Sculpture – l : 4m x L : 3 m x ep 4 cm – Composite et impression par transfert numérique sur aluminum – Commande publique pour le Patio du département d’hémathologie, Clinique Saint Eloi, Montpellier