Engagé dans la transition écologique, l’appareil productif industriel français se réorganise. En même temps que la société, les emplois évoluent vers de nouvelles formes.

30 milliards d’euros affectés à la transition écologique, une enveloppe à la hauteur de l’urgence climatique actuelle. Les entreprises françaises industrielles guidées par le plan de Relance et l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie (ADEME) effectuent leur transition écologique. D’un secteur exempt de charges et de responsabilités environnementales au XXe siècle, l’industrie mue progressivement en structure conscientisée et respectueuse de l’environnement. Avec 13,3 % de la population active en 2018 dans l’industrie française, c’est 3,6 millions d’emplois qui sont concernés par cette transition (chiffres ADEME : 2018).

Emploi « vert » et « verdissant », quelle différence ?

La France compte aujourd’hui presque 150 000 emplois dits « verts », qui ont un impact direct sur l’environnement. Ils contribuent à protéger et préserver les différents écosystèmes présents sur la planète. Il s’agit par exemple du gestionnaire des déchets, de l’ingénieur en assainissement des eaux usées ou encore du chercheur en protection de la biodiversité.

Au cœur de la transition écologique, ces emplois « verts » sont renforcés par les emplois dits « verdissants ». Ceux-là renvoient aux métiers exercés dans des activités sans lien direct avec l’environnement. Ces postes en mutation doivent intégrer les enjeux environnementaux et développer leur pratique. Ils représenteraient près de 4 millions de travailleurs actifs en France, dont 19,2 % sont dans le secteur de l’industrie (chiffres ADEME : 2019).

De l’industrie à l’éco-industrie

Les politiques environnementales et les solutions apportées par la recherche ont ouvert la voie au développement de multiples filières : le traitement de l’eau est la première source d’emplois « verts » (21,4 %) ; viennent ensuite la prévention des risques environnementaux (15 %), la performance énergétique des bâtiments (13,4 %), la production et distribution des énergies renouvelables (13,4 %), le traitement des déchets (13,2 %) et enfin la protection et l’entretien des espaces naturels (12,4 %) (chiffres Adzuna : 2017). La grande majorité des emplois occupés dans ces filières le sont par des techniciens, des ingénieurs ou des scientifiques et sont situés en zone urbaine. En plein essor, elles engendrent collatéralement des créations et des évolutions de poste dans d’autres domaines, l’innovation par exemple, ou encore l’éducation.

Des filières industrielles différemment impactées par la transition écologique

Ces phénomènes de mutation des emplois toucheraient différemment chacun des secteurs industriels. En effet, pour les industries du raffinage, de la sidérurgie, de la chimie, le bilan serait nul en matière de création d’emploi. Au contraire, d’autres secteurs tels que la production d’électricité, le transport du gaz, le chauffage urbain, l’industrie électromécanique ou encore les biens d’équipement à destination des énergies renouvelables bénéficieraient quant à eux d’un solde d’emploi positif. Enfin plusieurs secteurs d’activité seraient engagés dans une mutation de leurs emplois, en particulier l’industrie automobile.

Un scénario modélisé par l’ADEME et validé par les instances européennes

L’ADEME et l’Observatoire Français des Conjonctures Economiques (OFCE) ont mis en place un outil de projection en 2008. « Basé sur différents indicateurs tels que les investissements de l’état, les bonus-malus automobiles ou les aides à la rénovation énergétique, […] il permet après 14 000 équations, une analyse macro-économique et sectorielle fine et crédible », explique Gaël Callonec, coordinateur des travaux de modélisation des scénarios de la transition écologique à l’ADEME. Selon le modèle établi et ces estimations, la France pourrait créer d’ici 2035 jusqu’à 340 000 emplois, et plus de 900 000 d’ici 2050. Si la pérennité des usines dépend de leur modèle économique et écologique, reposant en grande partie sur ces modèles de projection, la prise de conscience collective est également un facteur majeur. Une prise de conscience déjà bien entamée et appliquée sur le terrain par les industriels français.