Chaque année, le baromètre Wavestone étudie l’évolution des stratégies digitales dans l’industrie française. Une centaine d’industriels de différents secteurs ont été interrogés cet été pour s’exprimer sur l’impact des transformations digitales sur leurs entreprises, dans un contexte marqué par des changements liés à la crise sanitaire.  

98 % des industriels, tous secteurs confondus, sont en cours de réflexion sur une transition digitale dans leurs entreprises. Parmi les 86 % qui ont initié une telle transformation, deux tiers ont déjà constaté des bénéfices concrets de leurs projets, nous explique l’étude de Wavestone sur les industries 4.0. De quoi faire trancher ceux qui hésitent encore. 

Quel que soit le domaine fonctionnel concerné (maintenance, supply chain etc.), les bénéfices les plus notables de l’industrie 4.0 restent foncièrement liés aux outils de travail en mobilité (tablettes industrielles, smartphones, plateformes collaboratives etc.). Outre l’amélioration de la qualité des services et des produits, les coûts de production sont réduits de 69 %. Les industries ayant intégré ces outils à leurs entreprises notent un gain de productivité entre 15 et 20 %. Le suivi des stocks, la gestion du matériel et sa maintenance, l’accès à la documentation technique deviennent des processus plus fluides et rapides.  

Data et blockchain : des catalyseurs de gains en industrie  

Si les outils de travail en mobilité sont le premier levier technologique à être adopté grâce à un ROI à court terme, d’autres technologies permettent d’avoir des gains remarquables. Les projets liés à la data sont notamment au cœur de la transformation digitale des industries. Ils permettent une meilleure surveillance des équipements et une optimisation de la performance énergétique allant jusqu’à 30 %, selon Wavestone. Plusieurs pannes de matériels peuvent être évitées en utilisant mieux les données. Il est également possible, grâce à la blockchain, de répondre à des problématiques de qualité ou d’éthique : des conducteurs d’automobiles ont réussi grâce à une plateforme blockchain d’IBM à tracer la provenance de certains minerais pour assurer la conformité des exigences réglementaires. Dans certains secteurs sensibles comme les productions chimiques ou agroalimentaires, ces projets permettent une supervision extrêmement précieuse en temps réel des conditions de fonctionnement (température, hygrométrie).  

Malgré ce potentiel de la data et les grands bénéfices constatés, se lancer dans ce type de projets reste compliqué par manque de moyens et de compétences. Data scientist, Data owner, Data Stewart... Les spécialistes nécessaires au développement de ces projets en disent long sur leur complexité. « Cependant, la complexité de ces programmes ne doit pas cacher l’ensemble des gains que ceux-ci peuvent apporter à l’entreprise », nous explique l’étude.  

Digitalisation de l’industrie : des impacts positifs sur la qualité du travail  

Quoiqu’encore peu quantifiable, une satisfaction accrue des employés des industries converties au digital est manifeste. Elle se traduit par un travail plus souple et par l’acquisition de nouvelles compétences digitales de la part des employés. Outre les différents avantages que permet la transformation digitale dans l’industrie sur la qualité de la production et ses processus, elle agit sensiblement sur l’environnement du travail. La digitalisation de l’industrie offre plus d’autonomie aux collaborateurs dans leurs prises de décisions et allège la pénibilité de certaines tâches répétitives sans valeur ajoutée. Ces nouvelles conditions de travail moins rébarbatives et plus libres, sont susceptibles d’attirer des jeunes diplômés vers un secteur où les PME et ETI rencontrent de réelles difficultés de recrutement. « Le partage de données et d’informations tout au long de la chaine de valeur contribuera également à dépasser la rupture « cols bleus » vs « cols blancs ».  

Un industriel sur cinq considère la crise comme une opportunité de rebond pour l’industrie 4.0 

Grâce aux progrès déjà notables de la transformation digitale en industrie, de moins en moins d’entreprises sont réticentes à ce changement. Le ROI reste cependant le frein fondamental devant différents projets. 43 % des industriels interrogés estiment que le retour sur investissement à court ou à moyen terme est trop faible pour y investir davantage. Le contexte de crise sanitaire invite effectivement les entreprises à hausser leur niveau d’exigence en termes de ROI. Seuls les projets dont les bénéfices seront tangibles sur un court terme sont privilégiés.  

La crise de la Covid-19 n’a pas changé radicalement les plans de digitalisation des industriels. Cependant, deux chiffres sont révélateurs de nouveauté : 49 % évoquent une accélération du timing envisagé avant la crise et 55 % des industriels évoquent une diminution de budgets alloués. Le timing et les budgets ne dissuadent pour autant pas les industriels de s’engager dans des transformations. Près de deux tiers des industriels prévoient d’investir dans des projets d’IA et d’algorithme pour relancer ou maintenir leur compétitivité. Les entreprises confrontées à de tels enjeux et contraintes seront plus sélectives quant aux projets à retenir et orientés avant tout par l’efficacité immédiate. L’arbitrage est nécessaire afin d’identifier quelles solutions digitales sont à même de générer une relance à la fin de cette crise. En effet, un industriel sur cinq considère la crise comme une opportunité de rebond pour accroitre sa compétitivité en accélérant la transition digitale de son industrie.