Industrie parmi les plus résilientes de cette double crise sanitaire et économique, la chimie a su maintenir sa capacité de production au-dessus de 75%. La French Fab fait le point avec Magali Smets, directrice générale de France Chimie.

Plus de 70 milliards de chiffre d’affaires, premier secteur industriel exportateur avec l’aéronautique, 3000 entreprises et près de 200 000 salariés au compteur : l’industrie de la chimie est l’un des principaux acteurs de l’économie française. Une bonne santé qui ne l’empêche pas d’avancer, portée cette année par France Relance et les enjeux de l’industrie de demain.

Comment expliquez-vous la faible baisse de vos capacités de production en cette période de crise ?

D’abord, nos productions sont essentielles. Ce point a été reconnu par un courrier de Bruno Le Maire, ce qui nous a  aidé à convaincre nos salariés et partenaires sociaux d’adapter l’organisation du travail dans les usines. Il y a eu un dialogue social très intense au plus proche du terrain. Comme la chimie est une industrie qui regroupe des procédés complexes et des consignes de sécurité bien ancrées, les nouvelles dispositions du protocole sanitaire se sont révélées assez faciles à faire appliquer.

Certains secteurs, poussés par le contexte sanitaire, se sont aussi très bien portés comme la chimie fine, le secteur pharmaceutique, les produits pour l’entretien, les détergents ou les produits biocides (en particulier le gel hydroalcoolique) ou nos productions pour l’agroalimentaire.

Pour autant, la France est le pays de production chimique qui a été le plus impacté par la crise : depuis le début de l’année, nos productions on baissé de 13% là où la moyenne européenne est un recul de 5%. Ça s’explique notamment par l’arrêt de l’activité des secteurs du bâtiment, de l’automobile et de l’aéronautique pendant le premier confinement.

Comment avez-vous accueilli les mesures du plan de relance ?

Pour la plupart des sujets abordés, nous avions déjà entamé des travaux de réflexion avec l’Etat. Notre contrat de filière « Chimie et Matériaux » contient un volet « Transition écologique et énergétique » très poussé. Il y est question de soutien à la chaleur décarbonée et de l’incorporation des matières plastiques recyclées – deux thématiques qu’aborde France Relance via des appels à projet dédiés.

Dans les autres thèmes abordés, il y a aussi la transformation numérique, pour laquelle France Chimie avait engagé un plan en amont de France Relance. Nous cherchons à accompagner nos PME et ETI adhérentes à saisir les opportunités du digital et nous avons noué un partenariat avec Accenture (entreprise de conseil et de technologies) pour avancer dans le domaine.

Côté innovation et industrie du futur, on a vu, grâce au crédit impôt recherche, des activités et des budgets qui n’ont fait qu’augmenter. 8% de nos salariés sont dans des fonctions de R&D. Le défi aujourd’hui, c’est surtout de transformer cette excellence en matière de recherche en capacité industrielle complémentaire.

Qu’en est-il de l’emploi, troisième volet de France Relance ?

L’un des sujets importants pour nous sur ce thème, c’est l’alternance. Elle représente 6000 contrats par an. On a diffusé un certain nombre d’informations auprès de nos adhérents pour les motiver à se saisir de tous les outils d’aide mis à leur disposition par l’Etat.

On embauche entre 15 et 20 000 salariés par an. C’est essentiellement de la main d’œuvre très qualifiée : 80% d’entre elle a au minimum un bac+2 donc nous avons des problématiques un peu différentes des autres secteurs industriels. Nos niveaux de salaires relativement attractifs et les parcours de carrière sont intéressants. L’ancienneté moyenne est de 14 ans.

Malgré tout, attirer les talents dans notre industrie reste une priorité : on a lancé une série d’initiatives, dont certaines, comme le prix Pierre Potier des lycéens (pour lequel les lycéens sont appelés à voter pour la meilleure innovation de la chimie durable), permettent de montrer aux jeunes quels sont nos métiers. On a évidemment des adhérents qui nous disent avoir du mal à recruter, mais parfois on ne sait pas si c’est l’industrie ou la géographie qui pêche.

La problématique de souveraineté a souvent été évoquée durant cette crise. Comment abordez-vous la question en ce qui concerne le secteur pharmaceutique ?

Pour le sujet spécifique des actifs pharmaceutiques, la question n’est évidemment  pas de rapatrier l’ensemble de la production en France, mais de tirer parti des capacités existantes, de les rendre suffisamment flexibles pour qu’on puisse les activer en cas de crise sanitaire et ne pas risquer des pénuries. C’est ce qu’on a fait sur le gel hydroalcoolique : ça nous a permis de multiplier par 10 la production en l’espace de six semaines. Il faut néanmoins qu’on réfléchisse à la façon dont on peut flexibiliser notre production. Dialoguer avec l’administration pour lever tous les verrous réglementaires nous a demandé collectivement un travail considérable.

Quelles sont les conditions de la bonne application de la politique d’investissement de France Relance dans le cadre de la filière industrielle de la chimie ?

On a accueilli cette politique d’investissement très favorablement, mais il faut offrir un cadre global favorable pour que l’industrie se transforme. En ce qui concerne notre filière, ces initiatives seront vaines si on ne préserve pas un accès à une énergie compétitive. La chimie est le secteur industriel qui consomme le plus d’électricité et de gaz.