Seule entreprise positionnée sur le recyclage des masques chirurgicaux jetables en France, Plaxtil croûle sous les demandes. Portée par la conscience écologique de ses fondateurs, l’innovation brevetée il y a un peu plus d’un an s’impose comme une solution inédite en pleine crise de la Covid-19.

A l’heure où le port obligatoire du masque s’est généralisé, les déchets s’accumulent sur les routes et trottoirs. Un problème relevé par le grand public, qui n’a pas échappé à Olivier Civil et Jean-Marc Neveu, fondateurs de Plaxtil. « On a commencé l’activité de recyclage de masques comme un cri du cœur, explique Olivier Civil. On n’avait pas encore percuté qu’il pouvait y avoir un business model derrière ».

Rien ne se perd, tout se transforme

Si l’innovation Plaxtil n’est pas née avec la Covid-19, son succès public, lui, a bien commencé en juillet dernier, lorsque la petite entreprise de Châtellerault (issue du groupe industriel CDA) a commencé à user de sa solution pour pallier les problèmes de pollution liés aux masques. A l’instar de ce qu’elle faisait jusqu’alors pour transformer les quelques tonnes de vêtements qui lui était confiées, elle a aujourd’hui recyclé plus de 200 000 protections chirurgicales.

« Il y a eu pas mal de recherches effectuées par le CNRS - entre autres - pour trouver comment réutiliser ces masques. De notre côté, on a préféré prendre le problème autrement et se demander comment transformer les déchets ». La technique : broyer les protections, les mixer avec une matrice plastique pour créer des billes de matière, et réinjecter ces dernières pour produire de nouveaux objets. A ce procédé habituel s’ajoutent ici deux étapes : le retrait de la barre métallique des masques, confiée à un autre prestataire, et le respect d’un protocole sanitaire strict composé, entre autres, d’une phase de septaine et d’un passage dans un tunnel ultra-violet de décontamination.

L’économie circulaire, sociale et solidaire au cœur du projet

En plus de ces deux impératifs liés au recyclage, il a également fallu modifier le déroulé global des opérations pour y intégrer deux nouveautés : un système de collecte et la production de nouveaux produits à redistribuer, le tout dans une logique d’économie circulaire et solidaire. Pour récupérer les masques, l’entreprise fait appel à des associations ou des entreprises d’insertion qui réalisent déjà des collectes d’objets. Une cinquantaine de bornes ont été installées à Châtellerault, berceau de l’entreprise, et à Poitier, deuxième ville à profiter de l’innovation. Côté production et redistribution, la direction choisie n’est pas la même pour les deux municipalités.

Dans la première, les billes issues du recyclage des masques sont réinjectées pour produire des EPI (équipements de protection individuels) contre la Covid-19 tels que des ouvre-porte, des attache-masque ou encore des visières. Ces derniers sont ensuite redistribués aux associations et collaborateurs de Châtellerault. A Poitiers, la mairie a quant à elle décidé de se servir de la matière Plaxtil pour créer des kits à destination des écoliers de la ville, composés de règles, doubles décimètres et autres rapporteurs utiles en salle de classe.

Olivier Civil et son associé aimeraient désormais élargir leur champ d’action et sont d’ores et déjà en contact avec Bercy ou l’agence Santé Publique France pour obtenir une homologation et officialiser leur développement à l’échelle nationale. « On va démultiplier les opérations dans les semaines à venir. Nous sommes en contact avec de potentiels partenaires, de grandes entreprises françaises ou internationales. ». Et de conclure : « C’est un sujet qui nous tenait vraiment à cœur, on est fier d’avoir fait bouger les lignes ».