Parce qu’elles sont dépendantes de l’activité des secteurs qu’elles nourrissent, les entreprises de l’industrie textile ont souffert, chacune à leur manière, des crises sanitaire et économique. Yves Dubief, président de l’UIT (Union des Industries Textiles) - concerné par l'amont de la filière - nous aide à dresser le bilan.  

« L’industrie textile est plurielle. Elle évolue à la fois dans les secteurs traditionnels liés à l’équipement de la personne ou de la maison, et dans les secteurs techniques qu’on retrouve dans les domaines de la santé, du transport aérien, ferroviaire et automobile, du sport, de l’agriculture ou de l’immobilier. », résume Yves DubiefAlors qu'elle renouait avec la croissance et connaissait une hausse de ses effectifs depuis 3 ans, l'industrie textile, de par ses multiples dépendances, n'a pas échappé à la crise de la Covid-19.

Avec un taux d’activité de près de 75% aujourd’hui, elle n’est plus à l’arrêt, mais sa reprise est inégale : « il y a des entreprises qui tournent correctement, d’autres qui fonctionnent avec le chômage partiel, d’autres encore (dont le nombre commence à être consistant), qui ont signé des accords d’APLD (Activité Partielle Longue Durée) ».  

La mode et les industries dépendantes de l’hôtellerie et du tourisme au plus bas 

Confinement et contraintes sanitaires obligent, les secteurs du tourisme, de l’hôtellerie et de l’événementiel ont souffert, et continuent de subir la crise. Le ricochet est douloureux pour les industries textiles fournissant les équipements de ces différents acteurs, dont une partie est aujourd’hui « complètement à l’arrêt ou presque », déplore Yves Dubief. D’après lui aujourd’hui, elles enregistrent entre 10 et 15% d’activité.  

Autre grande victime contextuelle, l’industrie de la mode fait face à de nouveaux comportements de la part des consommateurs. « Le secteur de la mode a été fortement impacté par la crise de la disruption textile en Europe. Parce qu’ils restent de plus en plus chez eux, les gens consacrent moins de temps et d’argent à leurs tenues extérieures. La saison été a été très mauvaise, l’hiver s’annonce mal, l’année prochaine se présente d’une manière délicate », anticipe Yves DubiefLe président de l’UIT note également l’incidence de la conscience écologique des consommateurs. Accentuée par la crise, elle pousse notamment les Français dans les bras du marché de la seconde main. « La mode doit évoluer par son mode de distribution et son repositionnement d’articles. Aux acteurs du secteur de se mobiliser aujourd’hui pour faire avancer les choses» 

L’aéronautique et l’automobile en demi-teinte, l’équipement de la maison gagne du terrain 

Si le secteur de l’aéronautique a souffert de la crise et entraîné une baisse d’activité de 30 à 40 % des industries textiles le fournissant, les entreprises travaillant pour l’industrie automobile ne sont quant à elles pas toutes logées à la même enseigne. « La situation diffère selon les produits et les constructeurs avec lesquels elles échangent. Certaines entreprises enregistrent 60 % d’activité, d’autres 100%», constate Yves Dubief 

Côté santé, «si l’on pourrait penser que l’activité se maintient en période de crise sanitaire, ce n’est pas complètement le cas. Un grand nombre d’opérations ont été retardées à cause de la Covid-19. Il y a eu moins de consommation de textiles utilisés en cardiologie, traumatologie etc...», explique le président de l’UIT. 

Enfin, un secteur profite tout de même à la filière. « Dans le domaine de l’équipement de la maison, les acteurs sont très proches de 100 % d’activité», salue Yves Dubief. Un bon score qui s’explique par un regain d’intérêt des consommateurs pour leur intérieur. « Le confinement a éveillé les consciences des Européens, qui se sont rendus compte de l’importance de se sentir bien chez soi. Ce constat, associé au développement du télétravail, a entraîné une forte demande du côté du linge de lit ou de table, du mobilier en général, mais aussi des équipements extérieurs.».   

L’activité boostée par la fabrication de masques… pour un temps 

Un problème est parvenu à réunir les acteurs de l’industrie textile, tous secteurs confondus. Confrontée à une pénurie de masques en début de crise, la France a pu compter sur ses entreprises pour pallier le manque. A cette époque, « Toute l’économie était en hibernation, et cet appel à fabriquer des masques en tissu a montré l’agilité et la capacité du secteur à innover». Si Yves Dubief parle d’innovation ici, c’est parce qu’il a fallu concevoir rapidement des masques répondant aux applications sanitaires, avec des normes vérifiées par la DGA (Direction Générale de l’Armement) et l’IFTH (l’Institut Français du Textile et de l’Habillement).  

Le président de l’UIT reste néanmoins nuancé : « Bien évidemment, il s’agissait d’une activité éphémère liée à la pénurie. L’accalmie qu’on a connue à la fin du printemps et au début de l’été, et les approvisionnements massifs qui sont arrivés de France, d’Europe et d’Asie ont fait que le marché est aujourd’hui très calme. ». Il fait néanmoins confiance aux consommateurs pour préférer ces masques en tissus made in France aux autres : "Il faut défendre le masque tissu français qui a occupé l’industrie textile ces derniers mois. Il faut surtout dire qu’il n’est pas à usage unique et que, a fortiori, il est moins nocif pour la planète que les modèles chirurgicaux qui sont facilement jetés dans la rue et très difficilement recyclables". Il espère que cette prise de conscience incitera les consommateurs à reporter leurs achats sur des produits textiles et matières fabriqués en France.