La relocalisation et le Made in France constituent-ils une solution à la crise économique liée à la Covid-19 ? Si les remèdes miracles n’existent pas, le gouvernement et les industriels semblent vouloir mettre l’accent sur un retour de la production dans l’Hexagone.

« Deux choses spécifiques ont émergé de la crise sanitaire : on a vu une explosion de la demande sur un certain nombre de produits très spécifiques et on a eu l’impression que les problèmes d’approvisionnement étaient liés au fait que les produits n’étaient pas produits en France. A cette question de l’augmentation de la demande s’est naturellement ajoutée la problématique de la souveraineté de la France ». C’est ainsi qu’Isabelle Méjean, lauréate de l’édition 2020 du Prix du meilleur jeune économiste, résume simplement le pourquoi de la recrudescence de la question de la relocalisation en France.

Une question qui s’est transformée en réponse concrète le 28 août 2020 : en déplacement chez le groupe pharmaceutique Seqens, Emmanuel Macron a annoncé que 15 milliards d’euros du plan de relance seraient consacrés à l’innovation et à la relocalisation industrielle. Si le président a assuré que l’industrie pharmaceutique serait en première ligne de la démarche, une grande partie des industriels français, tous secteurs confondus, semblent prêts à miser sur une production plus française. Mais dans quel but ? « Il est difficile de parler de relocalisation de manière générique. Dans tous les cas, il s’agit de dépenser de l’argent public, mais il sera dédié à des secteurs différents selon le but envisagé : créer des emplois, réduire les émissions de CO2, gagner en souveraineté et autonomie », explique Isabelle Méjean.

La souveraineté au cœur des enjeux de la relocalisation

En pleine crise sanitaire, le secteur pharmaceutique est évidemment l’un des premiers concernés, dans un souci essentiel de souveraineté. Rapatrier la production en France pour protéger les populations est au cœur de la stratégie du gouvernement, qui multiplie les initiatives et les prises de parole. Ainsi Emmanuel Macron avait-il déjà dévoilé en juin le déblocage de 200 millions d’euros pour le financement d’infrastructures de production du secteur. L’enjeu est de taille pour cette industrie, l’Inde et la Chine produisant aujourd’hui 60 à 80% des matières premières dédiées. Interrogé par lafrenchfab.fr, David Simonnet, PDG du leader français de la chimie fine Axyntis, avait alors expliqué cet état des lieux en mettant en avant plusieurs facteurs : le montant très élevé de l’impôt français sur la production, mais aussi les exigences normatives sur la qualité et le respect de l’environnement, plus élevées pour les producteurs européens.

Relocaliser, un enjeu écologique

En pleine période de transition écologique et énergétique, cette question environnementale est au cœur des stratégies de nombreux acteurs industriels français. Cécile Cantrelle, présidente d’Alsapan, entreprise alsacienne spécialisée dans la production de meubles en kit, de revêtements de sol et de plans de travail, a mis l’accent sur ce point : « d’un point de vue environnemental, fabriquer français est positif pour plusieurs raisons : dans le cadre de la filière meuble, le Made in France nous inscrit dans une démarche de gestion durable des forêts. On maîtrise ainsi les ressources, et en toute logique, plus la production et l’approvisionnement sont réalisés à courte distance, plus l’empreinte carbone est faible ».

30 milliards d’euros du plan de relance devraient d’ailleurs être dédiés à la Transition Energétique et Ecologique, a annoncé Bruno Le Maire dans le JDD en juillet dernier. En plus de favoriser un “nouveau modèle de croissance fondé sur la décarbonation (de l’économie), la sobriété énergétique et les innovations vertes”, cet appui de la TEE devrait favoriser la création d’emplois : “Nous allons donc engager un processus de formation pour que nos choix de nouvelles filières industrielles se traduisent par de nouveaux emplois”, avait alors affirmé le ministre de l’Economie.

L’importance de l’attractivité de la France

Concernant la création d’emplois, Isabelle Méjean fait la part des choses : « si l’on veut créer de l’emploi, la question à se poser n’est pas « est-ce que c’est créé en France ? » mais plutôt, quelles sont les activités, les secteurs que l’on peut attirer en France pour générer de l’emploi ». La question de l’attractivité de la France est ainsi elle aussi relancée. Piliers de cet enjeu, l’innovation et les nouvelles technologies sont déjà au cœur du discours politique. En janvier dernier, lors du 3e sommet « Choose France ! », le gouvernement avait annoncé de premières mesures visant à attirer les startups et les talents étrangers en France. « La France a l'ambition claire d'être un pays leader mondial en matière de technologies. Pour y parvenir, notre écosystème technologique doit être profondément international », assurait alors Cédric O, secrétaire d'État au Numérique.

Si toutes ces questions ont pris de l’ampleur avec la crise sanitaire, Isabelle Méjean reste prudente : « ces questions-là étaient présentes avant la crise. Historiquement, quand on regarde toutes les politiques qui ont été mises en place pour essayer d’attirer l’emploi en France, je pense aux pôles de compétitivité ou aux travaux qui consistent à faire de l’aménagement du territoire en subventionnant l’arrivée d’entreprises en France, le résultat était en demi-teinte ». Une chose est certaine, l’industrie française fait aujourd’hui montre d’une volonté de jouer la carte du local pour pallier les effets de la crise.