Après avoir subi une évidente baisse de régime durant le confinement, la filière meuble s’est relevée dès la réouverture de ses magasins. Une heureuse nouvelle, portée par les Français en manque d’espace et les acteurs du marché Made in France, bien décidés à promouvoir leur savoir-faire en ces temps de crise. 

Le coronavirus pourrait-il booster le marché du meuble ? Contraints d’honorer leur chez-eux durant deux mois, les Français ont pu en analyser les failles pour mieux les pallier dès la sortie du confinement. Une aubaine pour la filière meuble française, qui a rattrapé 90% de son retard dès la fin du mois de mai par rapport à la même période l’an dernier.

« En juin, nous avons enregistré le plus gros chiffre d’affaires de notre histoire » (soit une augmentation de 35% par rapport à la même période l’année dernière), nous a confié Cécile Cantrelle, présidente d’Alsapan, entreprise alsacienne spécialisée dans la production de meubles en kit, de revêtements de sol et de plans de travail. Une bonne nouvelle inattendue pour le fabricant, auquel les clients (Ikéa, But, Conforama et autres grandes surfaces de bricolage) avaient annoncé un retour à la normale d’ici le mois de décembre. Nuance tout de même : ces résultats ne compensent pas pour autant les mauvais chiffres d’affaires d’avril et de mai. Ainsi, pas question pour Alsapan et la filière meuble de se reposer sur leurs acquis, mais deux ambitions à satisfaire : la crise a mis en lumière de nouveaux besoins chez les consommateurs, et un regain de nécessité pour les entreprises françaises d’affirmer leur souveraineté.

Le confinement, révélateur de nouveaux besoins mobiliers

Les Français l’avaient annoncé. Dans une enquête réalisée en mai par l’Institut de prospective et d’études de l’ameublement (IPEA) et Esprit meuble, 79% des personnes interrogées s’étaient déclarées prêtes à se déplacer dans les magasins de meubles dès la levée du confinement. Devenue réalité, cette tendance s’explique notamment par la découverte (ou l’accentuation) de nouveaux besoins : enfermés chez eux, contraints au télétravail ou à la mise en place de l’école à la maison pour beaucoup, les Français ont constaté que leur aménagement n’était pas adapté à ces nouvelles contraintes, ou plus largement, à leur soif de confort. Parmi les failles pointées du doigt, deux sortent du lot : l’espace, trop petit pour 22% des interrogés, et les rangements, insuffisants pour 34% d’entre eux.

Cécile Cantrelle précise néanmoins, évoquant les résultats d’Alsapan : « Ces chiffres ne sont pas uniquement dus au fait que les Français aient passé beaucoup plus de temps que d’habitude dans leur intérieur, il y a aussi eu un report des achats qui a impliqué une augmentation très forte des commandes. ». Autre raison, les confinés ont eu le temps de mettre la main à la pâte : « Les gens ont vécu leur intérieur de manière intense, et ont eu le temps de bricoler ». Une occupation qui a eu un impact sur les livraisons des grandes surfaces dédiées, qui elles aussi ont enregistré de très belles performances à la sortie du confinement.

Le Made in France pour maintenir le cap

« On ne s’y attendait pas, mais on ne sait pas combien de temps ça va durer », confie Cécile Cantrelle, prudente. Dans un contexte économique souffrant, et en période de pleine reconquête de souveraineté française, la filière meuble hexagonale est, malgré cet élan positif, passée à l’action cet été. Un accord « Meublez-vous français » a ainsi été signé le 2 juillet, alliant l’Ameublement français à une vingtaine de distributeurs pour promouvoir le savoir-faire et les produits bleu-blanc-rouge. La secrétaire d’État Agnès Pannier-Runacher a souligné le bienfait global, et non pas seulement sectoriel, de cet accord : « […] le « Fabriqué en France » est une réponse pour faire face à la crise que nous traversons et une solution pour notre avenir. Acheter un meuble fabriqué en France c’est créer des emplois sur nos territoires, c’est soutenir la reprise de l’activité et c’est réduire l’empreinte environnementale en privilégiant des standards exigeants et un cycle de production local. ».

Pour Cécile Cantrelle, la crise sanitaire a « conforté la stratégie d’Alsapan de coller au marché, de développer des usines et l’industrie sur notre territoire ». Si les industriels ont conscience du bienfait de produire français, encore faut-il que les habitants de l’Hexagone aient eux-mêmes le réflexe de consommer bleu-blanc-rouge. L’accord implique ainsi toute une stratégie de communication, intégrant un #MeublezVousFrançais, mais aussi et surtout un logo et des vignettes qui permettront aux potentiels clients de déceler rapidement la provenance des meubles. Aux fabricants désormais d’optimiser leurs réalisations en prenant en compte la nouvelle quête de modularité et d’ergonomie des consommateurs.