Fermeture des crèches, suspension des commandes, arrêt des usines… Le confinement n’a pas épargné Loxos et Mathou Créations, fabricants de mobilier pour la petite enfance. Cependant, pour leur directrice générale Juliette Rapinat-Freudiger, l’heure reste à l’accélération.

La réouverture des crèches marque-t-elle le retour à la normale de vos activités ?

La réouverture des crèches a permis de lancer les commandes restées en suspens pendant leur fermeture. Entre ce rattrapage et les commandes d’été – période traditionnelle du renouvellement d’équipement -, notre principal enjeu est de livrer en temps et en heure. Nos préoccupations portent plutôt sur la supply chain que sur le commercial.

En revanche, il est plus difficile de se projeter à moyen terme. Nous dépendons en partie de marchés publics, qui devraient certes être relancés, mais avec un certain décalage dans le temps. Quant aux acteurs privés, ils pourraient repousser leurs investissements. Nous sommes sur du B to B, avec des projets sur plusieurs années. Nous pourrions donc subir les effets de cette crise sur 1 à 3 ans. Sans compter qu’avec le « flexitravail » viendra également la « flexigarde » des enfants, dont nous ne mesurons pas encore les conséquences.

Quelles sont vos perspectives de développement ?

Je suis optimiste en ce qui concerne l’avenir. Nous sommes dans une logique d’accélération, notamment par l’investissement, comme l’a d’ailleurs confirmé le mapping des risques que nous venons de réaliser avec l’accélérateur Bpifrance de la filière Bois.

Nous allons continuer à mettre l’accent sur le commercial à distance, comme nous l’avons fait pendant le confinement. Réduire les déplacements des commerciaux leur fait gagner un temps de travail précieux. Je suis en train de réaliser mon budget prévisionnel et je réduis le poste des frais de déplacement !

Nous pourrions également accélérer sur l’export, notamment en direction de l’Allemagne, qui a bien résisté pendant la crise.

La crise peut-elle rebattre les cartes dans le secteur de la petite enfance ?

Ce secteur est en forte croissance, mais pas tout à fait mature. Il compte un nombre important de petits groupes privés. La flexibilité des modes de garde va favoriser les entreprises les plus structurées, dotées de logiciels et d’outils rationalisant les taux d’occupation.

Nous pourrions assister à une phase de consolidation, en faveur des grands acteurs. Nous travaillons déjà avec l’essentiel d’entre eux, donc cela pourrait constituer une opportunité, même si réaliser des acquisitions signifie aussi avoir moins de budget pour l’équipement.

L’entreprise est-elle bien structurée pour faire face à ces nouveaux défis ?

Nous sommes en mesure de nous réorganiser rapidement s’il fallait faire face à une deuxième vague, mais elle pourrait s’avérer délicate pour certains de nos clients, surtout privés. De manière générale, nous allons continuer à favoriser une certaine flexibilité dans le travail, tout en prenant garde aux sujets d’égalité homme-femme et à la cohésion d’équipe. Enfin, les crises démontrent l’importance de mettre en place du reporting et des KPIs dans les PME, c’est une de nos priorités.