Avec 30 000 postes non pourvus dans le secteur, l’Industrie doit poursuivre ses mutations technologiques et sociales pour attirer la nouvelle génération. Hubert Mongon, délégué général de l’UIMM, La Fabrique de l'Avenir (Union des Industries et Métiers de la Métallurgie) fait le point.

Dans moins d’un mois, le French Fab Tour reprend la route. Du 20 mars au 14 mai 2020, la tournée sillonnera les routes de France avec un objectif : faire la promotion de l’industrie auprès des jeunes ou demandeurs d’emplois. L’occasion de faire le point sur le secteur avec Hubert Mongon, délégué général de l’UIMM et partenaire du French Fab Tour. 

Est-ce qu’on peut affirmer que l’industrie va mieux depuis quelques années ? 

Hubert Mongon : Absolument. En 2019, nous avons atteint un pic historique positif de nombres de créations d’entreprises industrielles30 000 contre 26 000 en 2018. Et les perspectives pour 2020 restent bonnes, toutes filières confondues. Les carnets de commandes sont d’ailleurs plutôt bien remplis.  

Comment expliquez-vous ces chiffres encourageants ?

H.M : Il y a plusieurs raisons. Depuis 2018, l’activité du secteur est soutenue par la croissance mondiale. Les effets de la crise de 2008 auront mis dix ans à s’estomper. L’arrivée des nouvelles technologies et les besoins du marché ont également bousculé notre manière de produire et ont transformé nos métiers en créant des emplois totalement nouveaux comme les data scientists. 

Il y a des secteurs plus dynamiques que d’autres…

H.M: Le paysage est marqué par des secteurs très dynamiques comme l’agroalimentaire par exemple.À l’inverse, la filière automobile est en train de souffrir en raison des effets de la transition écologique et énergétiquede la restructuration des offresou de la taxation carbone.

 

« La filière automobile est en train de souffrir » 

 

Quels sont les défis à relever pour l’industrie de demain ?

H.M : Le principal défi reste celui de la transformation des métiersOn recense 30 000 postes non pourvus par an. Il y a donc des enjeux de compétences, d’attractivité. Nous devons impérativement faire évoluer l’image de l’industrie pour attirer les profils dont le secteur a besoin.  

Et à ce sujet, que met en place l’UIMM ?

H.M : Depuis 2017, nous avons pris collectivement un certain nombre d’initiativesGrâce à notre réseau extrêmement structuré de 130 centres de formation sur l’ensemble du territoire43 000 jeunes bénéficient par exemple chaque année de formations en alternance adaptées à nos besoins et nous souhaitons augmenter ces chiffres de 50% sur les cinq prochaines années. Sans compter les 20 000 demandeurs d’emplois qui sont aussi formés par nos pôles chaque année et qui intègrent nos entreprises en CDI à l’issue de leur formation 

À vous entendre, l’industrie serait une solution pour l’emploi ?

H.M : Absolument. Nous avons recensé plus de 200 000 besoins en recrutement par an jusqu’en 2025, dont la moitié pour la métallurgie ! Pour trouver les meilleurs profils sur le marché actuel, nous n’avons donc pas d’autre choix que de leur offrir des postes intéressants et un cadre social attractif. Nous y travaillons. 

Comment ?

H.M :En lançant par exemple depuis 2016 un grand chantier de rénovation de tous nos textes conventionnels et de l’ensemble de nos accords signés ces cinquante dernières années ! De l’avis de tous, c’est un chantier à la fois historique et titanesque En partenariat avec les organisations syndicales de la branche, nous reprenons toute la matière sociale et renégocions ensemble 100% des thèmes : la classification, le temps de travail, la rémunération, la protection sociale, l’emploi et la formation par exemple. Nous nous sommes tous fixés comme objectif de répondre aux attentes des nouvelles générations de salariés et de chefs d’entreprise.

 

Offrir des postes intéressants et un cadre social attractif pour les nouvelles générations 

 

Parce que les nouvelles générations ne manifestent pas les mêmes besoins ?

H.M : Les nouvelles générations souhaitent contribuer directement au projet de l’entreprise et plus globalement que ce projet apporte des solutions aux problématiques de notre société. Elles sont aussi à la recherche de secteurs qui s’appuient sur les dernières technologies pour mieux concevoir, produire et répondre aux attentes de leurs clients. Bonne nouvelle : notre secteur est en train de vivre une révolution technologique majeure dans tous ses domaines de responsabilitéIl nous revient de le faire savoir !  

Qu’en est-il de la question de la localisation des usines, souvent excentrées, qui peut rebuter un jeune diplômé ?

H.M : Nous travaillons aussi sur cet enjeu de la mobilité géographique. Une entreprise qui se trouve à 30 ou 50 km d’une zone urbaine peut en effet rencontrer des difficultés à recruter les bons profils. Souvent les jeunes n’ont pas les moyens de s’acheter une voiture. Mais en contrepartie, l’industrie propose des niveaux de salaire supérieurs de 13% à la moyenne du marché, avec plus de 90% des salariés sont CDI ! L’image du secteur n’est pas toujours bonne. Pourtant, l’environnement de travail a beaucoup progressé ces dernières années et nous sommes fiers de ce que proposent nos entreprises 

Le French Fab Tour contribue aussi à faire progresser encore l’image de l’industrie…

H.M : Absolument. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous avons décidé de nouer cette année un partenariat unique avec Bpifrance pour capitaliser sur notre expérience commune de 2019 et poursuivre cette belle initiative avec le soutien de nos chambres territoriales. Les régions nous accompagnent bien dans ce projet formidable.